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mardi 5 janvier 2010

Le froid redouble de rigueur ... ?

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Janvier est là, avec ses froidures. On entend autour de soi parler de rigueur de l'hiver...

Je préfère réserver ce mot à ce qui décrit la cohérence des choses. La rigueur, disais-je, non la rigidité, c'est un principe fondateur de l'entreprise humaine, garant de la justesse et de la vérité.
C'est précisément pourquoi je m'agace, quand l'incohérence vient habiter des domaines où le sérieux, la gravité devraient s'imposer sans relâchement.

L'information, par exemple, quoi de plus exigeant ? Elle ne tolère ni l'approximation, ni le contradictoire. Et en cette matière le Service Public devrait s'avérer irréprochable. Pourtant .... deux exemples récents !

Le 4 janvier, sur France 3, lors des informations de 18h30 ou 19h. Le journaliste interroge sur les prévisions de l'année 2010. Cliquant sur son écran tactile comme un ado sur son jeu vidéo, il fait apparaître l'experte interviewée : Comment voyez-vous l'évolution de l'économie ? Et la politique, quel avenir proche ?

Avec le plus grand sérieux, la réponse est donnée. En substance : "la crise économique sera encore bien rude à supporter, mais elle laissera progressivement place à la reprise ; il faudra cependant attendre 2011, pour que ce soit plus net". Et les élections de 2012 ? Notre spécialiste se fait catégorique : "non le PS ne présentera pas DSK. Martine Aubry sera opposée à Nicolas Sarkozy qui l'emportera haut la main. Et Ségolène ? elle conservera un rôle...". Là le journaliste, largement repu des "preuves" accumulées, interrompt la pythonisse, aussi inspirée que le fut jadis la prêtresse de Delphes. Pythonisse ? J'exagère, pensez-vous. Mais non j'ai bien vu, j'ai bien lu sur l'écran : Madame-l'experte-des infos-du-soir était en toute rigueur ... astrologue. Et sans la moindre distance, ni ironie du journaliste, il enchaîna "sans transition" comme dit PPD la marionnette des Guignols, sur la relation d'autres événements. Dûment vérifiés ?

Le lendemain sur France-Inter, j'ai regretté que ce ne fut pas une séquence humoristique du "Fou du Roi". Le chroniqueur habituel de la Bourse de Paris, peu avant 13 heures, s'étouffe de satisfaction : "le CAC 40 frise à nouveau les 4000 points" ! Le yoyo libéral qui mesure les humeurs de l'économie, jouet cassé il y a moins de 18 mois, renaît comme le phénix miraculeusement. Qu'il monte ? Et notre admirateur s'esbaudit devant tant de merveilles : c'est la joie, l'espoir, le bonheur accessible du bout du doigt des riches. Qu'il descende ? Le voilà qui pleure : c'est la catastrophe, l'alerte rouge, la misère assurée pour les pauvres spéculateurs.

Jour de fête ! Cadeau des rois mages en ce temps d'Epiphanie ! Notre journaleux oublie la rigueur de son métier. Et de donner, comme à son habitude, des justifications à la hausse, avec autant de certitudes que les Diafoirus du théâtre de Molière ! La bulle gonfle, s'élève, se nourrit même des plans sociaux pour optimiser les profits : pourquoi ne pas exulter ?

Vous avez dit rigueur ?

Où sont les Poali, les Freeman, ou les Demorand qui s'évertuent tous les jours à décrypter la géopolitique, à dénoncer les délocalisations absurdes, le productivisme, les atteintes à l' environnement ? Où sont-ils ceux qui nous invitent à réfléchir, à dévoiler la réalité des faits sous les postures et les plans-com. ; à penser le monde autrement, à souhaiter qu'après la bulle financière rien ne devra(it) plus se reconstruire comme avant, à bâtir une éthique pour l'humanité ?

Manifestement dans le service public, il y a pour le moins failles, sinon faillite. Car à cultiver aussi nettement la contradiction, à dispenser cette chronique boursière quotidienne sans la mettre en cohérence avec les réflexions sur le devenir de la société et de la planète, n'est-ce pas se payer de mots et de concepts inutiles ? Et prendre les auditeurs pour des sots ?

Malheur à nous pauvres auditeurs, baladés d'un zig à un zag, sans autre moyen que de fulminer de tant d'approximations. On en viendrait parfois à tenter d'émigrer vers d'autres sites médiatiques plus..., moins..., bref mieux !

Hélas, pendant les récentes grèves sur France-Inter, j'ai fait l'essai des concurrents. Horreur ! J'ai bien vite réintégré ... Bah ! je baisserai le son, juste avant 13 heures, au moins jusqu' "à la Chandeleur, là où l'hiver s'en va ou prend vigueur".

Vigueur ? Eh oui, pour être rigoureux !

Zarafouchtra


N.B. Le dessin satirique sur le Bourse est tiré de : www2.snut.fr

samedi 7 février 2009

Salut les copains !


Je marchais dans la rue, depuis un assez long temps. Le soleil brillait mais réussissait à peine à élever la température au-dessus de zéro. Au moment où il se glissait dans l'interstice de deux immeubles, j'ai aperçu Aimé. Quelle surprise ! nous ne nous étions pas vus depuis des années. Copains d'enfance, nous avions seulement gardé le contact par son frère, Albert, de qui je suis resté proche. Une fois les retrouvailles passées, j'ai pu justement lui donner des nouvelles de son aîné ; nouvelles particulièrement fraîches, un courriel reçu du Canada hier venait de m'annoncer ses aventures au cœur des grands espaces boisés et sur des lacs gelés, par un froid de -32°. Aventurier en tout genre, il ne cessera pas de m'étonner.
Au hasard de quelle péripétie, ai-je perdu de vue Aimé ? Le temps de me le demander, j'entrevis Régis. Quelle journée de veine ! Une bonne poignée de mains comme pour réchauffer nos doigts glacés et un grand plaisir de se retrouver. Depuis l'île de Ré où nous avions partagé balades à vélo et découvertes, peu de contacts, hormis une fameuse soirée-soupe-aux-choux et quelques mails... Et Thérèse ? Et Madou ? et les enfants ? Il était inquiet de son père, opéré ce matin en urgence. Allô l'hôpital ? Pris dans le mouvement incessant de la circulation, je le laissais dès qu'il fut en communication. A bientôt pour de meilleures nouvelles !

J'en étais tout retourné, lorsque je butais sur trois pierres... Non, trois Pierre de mes connaissances. Pierre le bien nommé, lui qui n'a plus un cheveu sur le caillou, marchait d'un bon pas. Ensemble nos rencontres sont régulières, trois ou quatre fois l'an ; un fort passé vécu en commun et qui demeure encore vivace. Sans nostalgie, au contraire, avec la conviction de prolonger le plaisir. Le second, Pierre le grand ? Là ce fut sans forte surprise ; c'est un marcheur habitué des sentiers et forêts du Pilat ou du Haut Beaujolais. C'est là qu'à l'été dernier nous avions fait une agréable balade, accompagnés de Marie et Jean. Quant au dernier Pierre, il faisait partie de l'équipée qui avait sillonné l'île de Ré à l'automne dernier.
Presque suffoqué par de telles coïncidences, pour retrouver mon souffle, je cessais de marcher quelques instants. Et puis ce fut le tourbillon : Marie-Thé, Bernadette, André, Georges, Bernard, Marie-Hélène et bien d'autres encore arrivaient ; Marc même, lui qui était gravement malade il y a peu, protégé du froid par un superbe chapeau qui lui donnait de l'allure. Pour se réchauffer de temps à autre, certains chantaient quelques refrains ; l'air nous était connu, mais les paroles de circonstances nous échappaient. Alors battant le pavé, nous esquissions deux ou trois sautillements pour les accompagner. Je repris la marche de concert avec eux. Tous les copains, ceux d'hier, ceux d'aujourd'hui, étaient là...

"Tous ensemble, tous ensemble, ouais !" Nous étions tous à Saint-Etienne, cours Fauriel, au cœur de la manifestation du 29 janvier. Les copains de tant de contestation étaient encore présents. Comme l'hiver, l'indignation n'a rien perdu de sa vigueur. Une bonne marche, une bien belle matinée ... Devra-t-on se revoir bientôt ?

Zarafouchtra

mercredi 4 février 2009

1632 ... et toujours la même tentation.

1632 ?
C'est le nombre de pages que comportent les carnets secrets de la Ve République de Michèle Cotta. Journaliste d'abord puis présidente de la Haute Autorité de l'audiovisuel, elle a fait preuve d'une belle constance pour rédiger presque chaque jour ses notes et appréciations critiques. Depuis 1965, elle n'a eu de cesse de poursuivre de son assiduité le personnel politique, pour en obtenir le meilleur de ses secrets. Au gré des pages, ce sont notamment les portraits de Mitterrand, Pompidou, Giscard, Chirac, au milieu de dizaines d'autres qui ont marqué de leur empreinte la Ve République. Aucun ne manque, certains viennent et reviennent selon l'actualité. Un manège permanent, où la distance nécessaire à la déontologie se dispute à la sympathie, la complicité ; l'amitié même, bien que contenue, car l'auteur livre leurs secrets et très peu les siens.


Vrais ou faux secrets ? Si les enjeux d'alors leurs donnaient quelque profondeur, la réalité d'aujourd'hui les a largement éventés. Secrets de polichinelle que les trahisons de Chirac ! les ficelles tirées en coulisse des Garaud, Juillet et Cie ! les combats ou les coups bas tirés à vue dans tous les congrès socialistes !

Parmi mille choses que contiennent ces deux tomes, un énorme fil rouge, une volonté lancinante, récurrente des présidents successifs : avoir la main sur l'information. En dépit des intentions avouées ou de la morale affichée, ils sont dans l'illusion permanente que là est la clé de leur avenir. Ah ! si les journalistes, si la radio et la télé surtout rendaient mieux compte de leurs intentions, de leurs projets, la France s'en porterait mieux et les français leur rendraient spontanément grâce en les réélisant ... Et chacun de s'enferrer avec le même aveuglement.

De Gaulle, Pompidou, Giscard, tous ont recherché la servilité de la profession. Les premiers avec un ministère de l'information directement sous le contrôle du Premier Ministre ; Giscard, dans sa vision plus libérale, casse le monopole de l'O.R.T.F. au nom de son credo libéral, mais bénéficie encore du poids des institutions et des habitudes.

Pour Mitterrand, c'est plus complexe. Ses orientations prônant les radios libres et la liberté des médias, vont faciliter le pluralisme de la presse, des ondes et des images. Il n'oubliera pas néanmoins dès le début de son septennat de "soutenir le départ" de journalistes et animateurs des années 70 ! Puis il créera la Haute Autorité -confiée néanmoins à l'une de ses proches- comme marque de l'indépendance revendiquée.
Combien de fois Michèle Cotta évoque les conversations où Mitterrand, sans donner de strictes consignes, tente de circonscrire toute attitude qui pourrait lui devenir hostile ! Il joue ainsi au chat et à la souris, la laissant s'échapper sans la perdre du regard. Jusqu'au jour où, après des élections perdues, Chirac transformera cette institution pour la reprendre en mains.

Devenue Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (C.S.A.) cette institution fêtait ce 3 février ses 20 ans d'existence. J'allais lever mon verre pour saluer, si ce n'est l'indépendance, du moins une certaine autonomie... Patatras ! l'histoire, comme le prétendait Nietzsche, est bien un éternel recommencement. Le Parlement "dans sa grande sagesse" est en train d'adopter la loi sur l'audio-visuel qui redonne la main au Président-Tout-Puissant, sur toutes les nominations des chaînes TV et radios publiques. Et probable hasard des choses, ses meilleurs amis sont -"à l'insu de son plein gré"- les puissants patrons de groupes de presse et de communication.

Mais les journalistes sont-ils aisément disponibles ? La plupart savent que la liberté ne s'use que si l'on ne sert pas. Comme, dès ce jeudi 5 février, le Président s'invite dans les petites lucarnes pour "faire la pédagogie de la crise" face à des interrogateurs qu'il a choisis, y aura-t-il séance d'illusionnisme ou sursaut de liberté ?

Que de secrets, tentations ou tentatives, illustrations ou illusions, les Michèle Cotta de demain auront encore à raconter ; en 1632 pages ou plus ... si affinité !
Zarafouchtra

lundi 19 janvier 2009

Le jour où la pub s'est arrêtée...

Ça y est, la pub c’est fini sur la TV publique depuis quelques jours ! A 20h35 commencent les vraies émissions pour la plus grande satisfaction de tous, pour le divertissement intelligent, pour le « mieux-disant culturel » annoncé jadis avec fracas. Bref une TV de classe, après tant d’années de modèle berlusconien !
Il restait cependant à le vérifier. Samedi soir, par exemple, une soirée tranquille sans autre projet en tête. Eh bien oui, il n’y a plus de publicité après le J.T. Juste la météo, quelques annonces de programmes et plouf ! on plonge directement dans les émissions. Quel bonheur, moi qui suis plutôt publiphobe.

Quoi donc au programme du jour ? Patrick Sébastien et son Grand Cabaret. Exceptée l’impression de déjà vu, puisque l’émission s’affiche mensuellement depuis plus de 10 ans, j’apprécie plutôt les numéros où les acrobates et magiciens, venus de tous les coins du monde, sont réellement dignes d’être applaudis ! Entrecoupées de quelques mots plus sobres, enchaînées sans les digressions habituelles et les plaisanteries ( !) de l’animateur, débarrassées des rengaines douteuses du tutti final, les séquences-spectacles pourraient donner de l’élégance à l’émission.
Mais pourquoi diable, le concept d’émission –comme l’on dit désormais dans les médias– n’a-t-il pas évolué ? Hier j’ai tout compris : la publicité n’est plus là avant et après l’émission, elle l’envahit, elle la submerge, l'engloutit. Au lieu de nous libérer de celle-ci de temps en temps, on nous la déverse à gros bouillon en permanence. La belle arnaque, le revers de la bonne conscience de Sarkozy !
Mauvaise foi de ma part ? Probablement, diront certains ; mais voyons le détail. Douze invités, douze promos, douze "contrats" de publicité" !
Victoria Abril ? elle venait présenter un C.D., Michel Jonasz ? je ne sais plus quel DVD ; idem pour Natasha Saint-Pierre. Clara Morgane, une belle fille inconnue glosait sur son album nouveau-né ; les comédiens Henri Guibet et Christophe Guibet évoquaient leur tournée avec un spectacle en duo familial. Marie-Claude Pietragalla, la brillante danseuse présentait… quoi donc ? Patrick Bosso, un DVD de tournée ou quelque chose semblable. La chanteuse Elsa venait de sortir un album CD sous son vrai nom Lunghini –nouveauté oblige !- Enfin, Jean-Luc Lemoine ? le Dvd de son one-man-show peut-être. J’aurais dû prendre des notes... Quoi d’autres ? Rien ne leur fut demandé, sauf de présenter le numéro de cabaret suivant, maintes fois entrecoupé des commentaires intempestifs de Sébastien - mystère de l’ego !

Je me suis alors dit : « malchance, tu es tombé par sur une rediffusion, une-du-temps-avant-la-fin–de-la-pub ! "
Sitôt pensé, sitôt vérifié. J’ai laissé venir l’émission suivante. Laurent Ruquier nous annonça qu’il ne fera pas ce soir la pub de Martine Aubry, ni de Carla Bruni-Sarkozy, ni celle de … Parfait ? Pas si vite. On passa à ses invités. La fantaisiste Florence Foresti était là pour parler de sa tournée, l’écrivain Philippe Besson trouvait excellent son dernier roman, Michel Fugain se laissait faire la promo de son autobiographie ! Je ne vous dis pas mon humeur. Enfin, peut-être Alain Duhamel nous offrirait-il une analyse d’actualité dont il a le secret ? Vous n’y pensez pas : arrive sans tarder la pub pour son essai « La marche consulaire » une comparaison entre Bonaparte et Nicolas Sarkozy. Qu’allait nous vendre Anne Hidalgo, le bras droit de Delanoë à la mairie de Paris ?
Malheur, je ne saurai jamais. J’ai éteint exténué, écrasé de fatigue sous tant de pub déguisée. Allez, je rallumerai quand les députés remettront la pub sur le service public. Putain de service !
Zarafouchtra

vendredi 16 janvier 2009

Les docteurs imaginaires de la finance

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Pourquoi ai-je gardé un souvenir impérissable du "Malade imaginaire" de Molière ? Sans doute parce que j'ai vu la pièce alors que j'étais encore très jeune. Plus certainement encore parce que Jean Dasté en était l'immense acteur principal.

Depuis des années, mais encore plus fortement depuis la crise financière de l'automne, je pense à cette comédie-là, lorsque j'entends les experts de l'économie et de la bourse expliquer les oscillations du C.A.C. 40, de l'euro ou du dollar. Chute de 3% du cours de la bourse ? l'attente des décisions de la F.E.D. ou la B.C.E. qui hésitent sur leurs taux directeurs ! Hausse de 0,4% de l'action P.S.A. ou Alcatel ? les administrateurs espèrent 2182 licenciements plutôt que 2173 ! Chute ou hausse inattendue du yen à l'ouverture de la bourse de Tokyo ? Sans hésitation, nos éminences confirment que demain sera jour férié dans les Émirats, dès lors la production de pétrole risque de s'affaisser ! Sans oublier "les petits ajustements techniques", "les prises de participations", "les anticipations sur les bénéfices", "les ...", qui tour à tour servent de prétexte à leur ignorance. Dans ce loto du fric des spéculateurs de tout acabit, où règne l'irrationnel, où les ambitions de chaque joueur n'espèrent que des profits plus substantiels, nos petits savants se doivent de présenter les stratégies logiques. Lesquelles ? Celles que leur vanité les conduit à inventer, pour se persuader de leurs savoirs.

Ces maîtres-es-palais-Brongniart sont les Diafiorus du monde moderne. Ils ressemblent étrangement à la Toinette de Molière qui péremptoirement pour ridiculiser les docteurs ignorants affirmait que tous les maux de son malade imaginaire relevaient du poumon !
A quand leur profil bas ? En dépit de leur science, aucun n'avait prévu l'échec, aucun n'avait subodoré la crise brutale des subprimes ou stocks-options, ni dénoncé les produits financiers frelatés...

En cette période de voeux, souhaitons-nous qu'un Molière du XXIème siècle écrive une grande comédie où les petits marquis de la finance et les Diafoirus de la Bourse seraient emportés, par le rire, dans la dérision et le ridicule.

Zarafouchtra

mardi 25 novembre 2008

Un fait divers ? Changeons la loi ! - illustration-.


J'enrage depuis des années, mais en particulier depuis 2007, quand à la suite d'un fait divers grave, voire tragique, mais singulier, les politiques incriminent aussitôt l'inadéquation de la loi, pour proposer de la changer dans l'urgence !
C'est contraire à l'essence même de la loi, dont le but est, non pas de répondre au cas particulier, mais de servir le bien commun, l'intérêt général et de viser l'universel.
Cette pratique dévoyée relève de la gesticulation médiatique. But ? Montrer au bon peuple et aux victimes, que la puissance publique est vigilante, qu'elle ne laisse pas les crimes et délits impunis, que l'autorité et la sécurité ne cèderont pas devant le laxisme. Stratégie de la posture et de la bonne conscience.

Le drame du jeune étudiant grenoblois poignardé récemment par un malade schizophrène renvoie à cette catégorie. Le président de la République, selon le Monde (1) aussitôt "a promis un durcissement de la loi de 1990 sur les hospitalisations d'office, par la création d'un fichier et une restriction des libertés des patients". Que prescrira la loi ? Enfermer plus, plus longtemps ? Interdire les sorties, les mises à l'épreuve ? les réductions de peine ? Tout cela sans doute, ce qui entraînera d'autres conséquences malheureuses, d'autres drames. Déjà 25% des détenus en France souffrent de troubles psychiatriques, sans soins appropriés. Punir, encore punir !

"Foucault, réveille-toi, ils sont devenus fous"! Ce n'est pas une loi qui est urgente, mais une pensée, une perspective avec des solutions médicales, des pratiques sociales, psychologiques, associatives ; avec des mesures cohérentes, coordonnées, évolutives, tant pour les malades, les familles que pour les équipes soignantes. Bref repenser le problème dans sa globalité ; les attentes sont énormes, les besoins considérables et la pénurie complète.

Depuis une trentaine d'années, la maladie mentale est redevenue un tabou. Oubliés les fous, au risque de voir resurgir la tragédie comme à Pau, en 2004 ! Quant à la souffrance quotidienne des malades, de l'entourage, il est lui aussi nié, alors que chaque cas, chaque mort ou suicide est un cri d'alarme. Cri dérisoire que nul ne veut entendre.

Parmi ces cris au secours, un livre remarquable : "Histoire d'une schizophrénie - Jérémie, sa famille, la société" (2). L'auteur, Anne Poirée, décrit un voyage au coeur de la schizophrénie, à travers le regard d'une maman dont le fils est malade. Impuissante, ignorante de la maladie et des attitudes à adopter, désarmée face aux "psy" et leur mutisme, cette mère accompagne son fils avec amour et tendresse jusqu'à la mort. Histoire vraie. Authenticité de l'écrit. L'écrivaine raconte, réagit, dénonce l'incurie médicale et de la société qui préfère ignorer ses failles. Elle appelle à un autre système de soins, pour un autre regard, pour une autre organisation sociale. Le Docteur Olivier Louis, psychiatre et spécialiste de la schizophrénie, annote l'ouvrage et donne, comme dans une oeuvre musicale, un contre-point, un contre-chant qui tempère, précise, clarifie, reprend, non pour contredire mais pour compléter l'approche. A la subjectivité du récit, il ajoute l'objectivité de l'expertise.

D'autres réflexions de ce type existent, d'autres personnes notamment au sein d'associations, telles l'UNAFAM (3) ont compétence pour en parler. Il serait urgent que sur ce point le ministère amorce une démarche de réflexion, écoute l'ensemble des acteurs et définisse une politique cohérente de santé mentale pour la décennie à venir. Est-ce trop exiger ? Il est si simple de se contenter de "surveiller et punir".(4)

J'ai eu le plaisir de lire cet ouvrage dès son premier jet et même de suggérer à Anne Poiré -amie de longue date- des ajouts et des ajustements. Non sans quelque réticence, Anne a patiemment réécrit des pages, avec intelligence et finesse. J'ai apprécié le résultat final. Puisse-t-il être utile !
Sinon je continuerai à enrager ...

Zarafouchtra

(1) Le Monde du 20 novembre 2008 - Editorial et série d'articles sur la question.
(2) Editions Frison-Roche - juin 2008. Préface Jean Canneva.
Illustration de couverture Guallino, Fable du Chemin, 1989
(3) UNAFAM : Union Nationale des Amis et FAmilles des Malades psychiques.
(4) Allusion au titre du livre de Michel Foucault.- Editions Gallimard 1975.



dimanche 23 novembre 2008

Il y a longtemps que je ne t'aime plus...


Il y a quelques mois, j'avais intitulé un billet "Duel de charme", dans lequel j'évoquais les duos parfois acérés des actrices. Et de mentionner les Sandrine Bonnaire/Catherine Frot ou Kristin Scott-Thomas/Elsa Zylbertstein. [cf. l'article du 16.08.08] Pour le seul plaisir du cinéma.

Avec un peu d'imagination, j'aurais pu anticiper sur le combat frontal que se livrent, dans l'actualité, Martine Aubry et Ségolène Royal, pour la prise de pouvoir du P.S. Là, ni charme, ni cinéma ; au mieux une tragi-comédie, au pire un opéra-bouffe, orchestré, amplifié par les média dont le plaisir de la mise en scène est un pur ravissement. Ah, quel "Duo des chats" Rossini eût-il pu nous composer ? Car l'une prétend caresser quand l'autre griffe, l'une grimace quand l'autre sourit ; l'une incarne le progrès, l'autre l'avenir ! le changement sans rompre avec l'histoire, contre la fidélité au passé comme promesse du lendemain. Trahison prochaine vers le centre ou élection assurée avec le Centre ?
Laquelle est l'apparence, laquelle est la réalité ? Selon les schémas auxquels elles ont été nourris, la réalité visible n'est que l'écume des structures qui déterminent les faits et les consciences. Dès lors quel fond les habite l'une et l'autre ? Quel modèle les fascine ? Le mitterrandisme de congrès qui maniait superbement le verbe de gauche, ou le mitterrandisme de manœuvre qui choisissait Tapis contre Rocard ?

Le malheur est que ce combat n'ait pas été mené auparavant jusqu'au K.O. final. Depuis plusieurs années, le combattant précédent François de Tulle s'est mué en arbitre, se contentant de manager les uns et les autres à chaque round ; round européen, round présidentiel, round des motions sans synthèse sur le ring de Reims. Le débat démocratique, au lieu de trancher, s'est noyé dans l'irrésolution.

"Bonnet blanc, blanc bonnet". Aucune n'est celle que vous croyez. Aucune n'a le pouvoir de catalyse pour qu'une majorité de France puisse se reconnaître dans son élan. Alors deux scénarios : "Je t'aime, moi non plus" (1) et s'en est fini du P.S. - explosion assurée ; ou bien "Si je t'aime, prends garde à toi" (2) - et risque d'étouffement !

Coïncidence heureuse : le hasard de mes lectures m'avait récemment conduit aux "Cahiers secrets de la Ve République" de Michèle Cotta et au plaisir de revisiter l'histoire, y compris ses coups bas. Sans exclusive : Pompidou, Chaban Delmas, Giscard d'Estaing, Chirac, Pasqua ... tous tueurs ou tués selon les moments. Un pur régal. Sans oublier le maître, François Mitterrand, entrant au congrès constitutif du P.S. en 1971 (Epinay sur Seine) soutenu par seulement 10% des délégués (la Convention des Institutions Républicaines) et en sortant avec plus de 50% de votes. Un parfait hold-up de l'ex-SFIO ! Et une vraie arnaque, imposant désormais l'idée que les programmes valent plus que les hommes... Mais aujourd'hui en dépit d'une "Déclaration de Principes" (3) adoptée en avril par consensus, pas moins de six motions ont été présentées au vote ! Comme chez les Atrée, les conflits se transmettent de génération en génération ; les "cocus" d'Epinay sont les pères ou les frères de ceux de Reims !

Alors Ségolène Aubry ou Martine Royal ? La dame de cœur ou la dame de pique ? Qu'elles prétendent se tendre la main, elles sont condamnées à s'écharper. Et l'espoir des "petits lendemains qui chantent" est plombé pour longtemps..., à moins qu'un messie, François de Tulle par exemple -tel un Lionel de Ré naguère- ne revienne en 2012, revigoré par quelques années d'oubli ...

Le bon peuple de gauche pourrait-il y croire ? Trop tard ! il a déserté, tandis que l'on entend déjà s'aiguiser d'autres couteaux. Michèle Cotta ou ses collègues auront encore de beaux épisodes à nous conter.

Zarafouchtra

(1) : film de Serge Gainsbourg -1976. Titre repris par Maria de Medeiros en 2007.
(2) : film de Jeanne Labrune -1998.
(3) : "Déclaration de Principes" - 21 avril 2008
Clichés : d'après Ouest-France - 24.11.08



vendredi 15 août 2008

Un (grand) homme peut en cacher un (petit) autre

Trop vite une actualité chasse l'autre... Retour arrière sur Alexandre le Grand, lauréat du prix Nobel de littérature. Il était de la lignée des chênes que l'on n'abat pas ! ni par le Goulag, ni par l'exil, ni par le dénigrement. Sauvé par l'écriture et les manuscrits secrètement conservés, maintenu en résistance par un élan irrépressible de justice et de vérité, soutenu par la reconnaissance littéraire, déraciné puis replanté au cœur de son jardin russe après 1989, Alexandre Soljénitsyne vient seulement de céder devant l'âge et la maladie. Bien des hommages lui ont été rendus ; hommage à l'homme courageux comme à l'immense écrivain digne des Tolstoï ou Dostoïevski. Hommage à ce héraut dont le cri, lancé contre la perversion de l'idée de communisme et sa dégradation en système totalitaire, a été enfin entendu, jusqu'au point où les murs, érigés entre les états et entre les hommes, se sont effondrés. Certes, d'autres avant lui surent dénoncer cette faille radicale et éclairer quelques esprits lucides (1) ; lui fut largement entendu, grâce sans doute à la puissance de son talent littéraire. Dès 1962, la parution de son petit chef d'œuvre qu'est "Une journée d'Ivan Denissovich" (Folio) avait tout révélé ; certains esprits furent ébranlés, mais la fiction romanesque de l'ouvrage avait pu laisser croire à d'autres que la réalité n'était pas celle-là. "L'archipel du Goulag" -publié entre 1973 et 1976 selon les éditions et les traductions-, a enfin dessillé les yeux de ceux qui rêvaient encore du grand soir. Désormais l'empire soviétique s'est écroulé et Pékin s'est accommodé de l'élan libéral sans renoncer pour autant à l'autocratie répressive. Hormis dans quelques états en résistance aveugle, l'idéal du 20e siècle n'est plus qu'une illusion passée (2)
Dans ce concert d'analyses notant le rôle irremplaçable de Soljénitsyne, une petite musique de sottise s'est fait entendre. Celle d'un sénateur français, plutôt coutumier du fait, l'inénarrable Jean-Luc MELANCHON (3) ! Prendre de la distance, refuser les regards béats, voilà qui est sain ; ne pas bêler avec les autres moutons est signe de lucidité. Mais nier le talent littéraire de Soljénitsyne pour avoir retrouvé son âme russe, le mépriser pour quelques jugements de vieil homme sur les mœurs ou pour les modes de vie, c'est prendre l'accessoire pour l'essentiel, c'est mêler les faits avec la mythologie, confondre la dénonciation salutaire de la dictature léniniste avec quelques appréciations douteuses voire réactionnaires. Au regard du progrès de l'histoire qu'il a permis, que peuvent bien valoir les critiques portées à l'encontre de ce géant -fussent-elles légitimes- ? Hélas, notre politicien de "gauche" croit toujours que le réel de l'humanité pourrait coïncider avec son rêve, tandis que le souffle du socialisme utopique n'a jamais su produire qu'un irrespirable socialisme réel .

Cette attitude témoigne qu'en dépit des Soljénitsyne, Sakharov et autres "dissidents", il demeure en 2008 des aveuglements purement idéologiques. A sa manière "notre" sénateur reproduit 35 ans plus tard l'analyse des Marchais ou Kanapa (PCF) prétendant que l'écrivain russe n'est que l'instrument de l'ennemi de classe (4). Ne lisait-on pas dans l'Humanité du 31.12.1973 que l'affaire Soljénitsyne relève d'"une vaste campagne antisoviétique dont l'objectif est invariable : faire oublier la crise en France et mentir sur la réalité des pays socialistes" ?
L'histoire bégaie ? Peut-être... En tout cas elle exige une autre perspective et ce n'est pas avec de tels politiciens que les partis progressistes d'aujourd'hui pourront recréer de l'espoir. La relecture des ouvrages majeurs de ce grand Alexandre continuera à nous convaincre que le destin de l'homme est de construire la paix dans la justice et la liberté, fût-ce une gageure absolue. Sous prétexte de reconnaissance de la différence, il ne faudrait pas confondre les grands et les petits. Dans la forêt des bâtisseurs qui travaillaient à un devenir meilleur, un grand Homme en cachait un petit ; Alexandre versus Jean-Luc. Il serait dommageable pour l'humanité que l'on inversât les rôles ou les pensées et que l'on prît celui-ci pour celui-là.

Zarafouchtra

Pour Jean Daniel, nulle confusion dans l'analyse, dès 1974 ! Dans son éditorial récent (5), il renvoie à ses écrits d'alors : "Ceux qui approuvent la mesure [de bannissement] dont Soljénitsyne a été victime, ceux qui s'y résignent, tous ces hommes ne sont pas des nôtres. (...) Ils ne veulent pas ce que nous voulons et, finalement, s'ils nous traitent en ennemis, ils ont raison". Et pan sur le bec, comme dit le Canard !

(1) Avant même le rapport Khrouchtchev sur la déstalinisation, bien des communistes ou compagnons de route avaient fait l'analyse du "socialisme réel" et s'étaient éloignés du P.C.F. - J.P. Sartre et quelques autres n'en étaient pas. (2) François Furet :"Le passé d'une illusion - essai sur l'idée communiste au 20e s." - 1995 R. Laffont (3) Déclaration de Jean-Luc Mélanchon à Canal +, le 5.08.08, après le décès de Soljénitsyne, prétendant les hommages surfaits et affirmant que l'écrivain russe était un "homme de droite ... gavé d'honneurs ... homophobe ... limite antisémite". (4) Se reporter à Philippe Robrieux "L'histoire intérieure du parti communiste français (1972-1982)" - Fayard - 1982 (5) Le Nouvel Observateur - n°2283 du 7 au 13 août 2008

vendredi 8 août 2008

Le silence des anneaux ! Fiction ?

La veille de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, j'ai fait un rêve. Cauchemar ou prémonition ? Sottise ou vraisemblance ? A chacun de s'en faire juge.

La scène se passe dans la grande salle de réception du palais présidentiel de Pékin.
Le président Hu Jintao règle les derniers préparatifs de la cérémonie d'ouverture des J.O. Il porte sur ses épaules toute la fierté du plus grand pays du monde qui sera bientôt - et pour une quinzaine de jours- le point central de tous les regards. Cette nation souvent vilipendée, critiquée lors du passage de la flamme olympique, notamment dans quelques états libéraux de la vieille Europe, entend bien faire la démonstration de ses progrès économiques, sociaux, de sa démocratie, et notamment du respect effectif des droits fondamentaux dans son pays.
M. Hu Jintao vient déjà de rencontrer de nombreux chefs d'état, venus représenter leur pays à cette grand-messe de l'olympisme. Salutations, rencontres, diplomatie au plus haut niveau, dont se félicite le grand maître de la Chine, comme autant de récompenses pour les efforts accomplis et pour une plus grande reconnaissance de son poids dans la politique du monde. Avec une Chine ainsi célébrée, on n'est plus dans un monde d'affrontement Est-Ouest ou Nord-Sud ; on est déjà dans un monde multipolaire où ce nouveau leadership ne pourra plus être ignoré.
Pressé d'en finir avec ces formalités d'avant J.O., le Président chinois reçoit enfin -the last, but not the least ?- le président de la République française, M. Sarkozy, qui depuis des mois, non seulement avait laissé planer le doute sur sa présence, mais avait annoncé publiquement qu'il défendrait devant les autorités chinoises les droits de l'homme ; ceux des journalistes emprisonnés, des étudiants arrêtés, des manifestants interdits, des tibétains soumis et de bien d'autres encore tels les internautes empêchés de surfer à leur guise.
Après moultes courbettes et saluts réciproques [le président Sarkozy avait particulièrement étudié le protocole chinois, afin d'être le plus respectueux du raffinement de politesse apprécié en Chine, évitant notamment les bonnes tapes dans le dos dont il est coutumier], le président Hu Jintao prend la parole :

" - Soyez le bienvenu M. le Président de France ; la Chine est très honorée de votre présence, dont elle n'a d'ailleurs jamais douté...
- Je vous remercie de votre accueil si chaleureux. Mais vous recevez en ma personne le représentant des 27 états de l'Union Européenne dont je préside la destinée actuellement. J'en profite pour vous demander de bien vouloir excuser l'absence de Mme Merkel qui savait depuis 3 mois qu'elle serait souffrante aujourd'hui, ainsi que celle de M. Brown, qui devait ce matin conduire ses enfants à l'école
. Quant à ma Carlita chérie, elle n'a pu s'affranchir d'un rendez-vous dans un temple bouddhiste nouvellement inauguré en France. Pour ma part, dois-je vous dire que j'avais laissé longtemps planer le doute sur ma présence, juste pour me donner un peu de distance avec mes opposants habituels ? J'imagine que vous savez ce qu'il en est ...
- Bien sûr, bien sûr. Cependant, j'ai réellement craint pour la santé de vos entreprises, commerces et autres sociétés florissantes
françaises installées sur notre territoire ; en dépit de nos efforts, la conjoncture ne leur a pas été très ... favorable ce printemps ! c'est donc avec satisfaction que je constate que la France est toujours le pays de Descartes où la raison de l'essentiel l'emporte sur le risque de l'accessoire. N'est-ce pas ? dit-il dans un sourire non dissimulé
- Certes, entre gens raisonnables ... Néanmoins, M. le Président, je me suis engagé devant le très célèbre député européen des verts, M. Cohn Bendit, à discrètement vous transmettre ...
- Bien sûr, bien sûr. Comme je vous comprends,
reprend son interlocuteur. Les engagements sont les engagements, et il ne faut surtout pas y déroger. Voyez-vous, la Chine elle-même s'est engagée depuis l'an 2001 auprès du C.I.O. à respecter bien des choses. Notre bonne foi est totale, mais la liste en est si longue, que -une fois les J.O. terminés- nous aurons enfin le temps d'y travailler sérieusement. Les infrastructures sportives, les rénovations de quartiers entiers, les déplacements de populations, etc, etc, tout cela fut si lourd à gérer démocratiquement que nous n'avons pu faire face. Mais l'espoir est la philosophie du citoyen chinois, n'est-ce pas ?
- M. le Président, j'ai donc l'honneur de vous présenter -puis se tournant vers son secrétaire particulier : "M. Guéant, donnez-moi la liste de .... Comment vous l'avez oubliée dans l'avion ? Et pourtant, y a quelqu'un qui m'a dit que vous l'aviez encore" dit-il en chantonnant amèrement. S'il n'eût craint d'offusquer son interlocuteur, il en aurait ri jaune !
"- Ne vous inquiétez pas pour si peu, dit le président chinois. D'ailleurs, nous n'avons plus le temps de nous attarder à ces menus détails... La planète entière est déjà devant sa télévision ; elle nous attend pour la cérémonie."
Tout encore confus de ne pas avoir pu remplir sa mission, le président Sarkozy s'efforce de réprimander fermement, mais dignement ses collaborateurs. Tous des incapables ! Et avant même qu'il n'ait pu reprendre ses esprits, M. Hu Jinto s'approche à nouveau :
"- Tout cela est sans importance. J'allais moi-même oublier de vous transmettre la grande indignation de tout le peuple chinois devant l'interdiction faite à la manifestation des associations qui soutiennent les droits essentiels de vos immigrés ! Laissez ces pauvres gens "sans papiers" ? vous n'y pensez pas ! La France est-elle digne de son histoire en refusant cet exercice élémentaire du droit d'expression ? A votre place -mais je sais combien les opinions évoluent selon les cultures et les latitudes !- je lèverais aussitôt cet interdit qui ternira inévitablement votre image quand tout à l'heure les yeux du monde entier se poseront sur vous. J'ai tenu en effet à ce que vous soyez placé à mes côtés pour le plus grande gloire de la Chine nouvelle ... !
- Mais vous savez bien M. le Président ; ce n'est pas moi qui ai pris cette grave décision ; c'est Brice Hortefeux. Quand je vous dis : tous des incapables ! N'ayez crainte des ordres seront prochainement donnés pour mettre fin à cette grossière et sotte erreur."
Sur ces mots, les présidents s'éloignent l'un de l'autre, rejoignant leurs états-majors respectifs, juste avant d'aller inaugurer l'olympiade dans le célèbre "nid d'oiseaux". Et M. Sarkozy de téléphoner aussitôt à Dany le Rouge : "Ça y est, j'ai tout dit, les opposants, les journalistes, tout... Qu'est-ce qu'il a répondu ? Comme le titre de Libération de cette semaine, juste "le silence des anneaux". Puis de s'enfoncer dans un énorme éclat de rire.
C'est alors que je me suis réveillé ! Il était presque l'heure d'allumer la télé pour la retransmission. Place désormais au grand show de propagande, surveillé et formaté. "Quand la Chine s'éveillera..." : pour une fois Alain Peyrefitte avait raison.
Zarafouchtra

Le titre est tiré de la "Une" de Libération et de France-Soir du 31 juillet 2008.

jeudi 24 juillet 2008

J'avais cru au miracle ...

La présence radieuse d'Ingrid B., enfin libre sur le sol français, avait produit un rare moment de vérité. Le Président lui-même irradié avait donné une image à la hauteur de sa fonction. Digne enfin comme il ne l'avait que rarement été depuis son élection. Oubliés les méprisants "casse-toi pauvre con" ou les "descends un peu l'dire", au bénéfice peut-être d'un nouvel état de grâce qui ne serait pas dilapidé par quelques séquences "bling bling".
Hélas, il fallut moins de 24 heures pour déchanter ! Auréolé de cette victoire de la liberté sur la barbarie des FARC - puisqu'Ingrid Bétancourt elle-même lui en accordait la part de responsabilité-, le lendemain, il s'en alla parader au conseil national de l'UMP, comme lors du G8, décrit avec tant de justesse par P.P.D.A., "excité comme un petit garçon qui est en train de rentrer dans la cour des grands". Et de décrire combien la France change sous l'impulsion de sa politique. "La France change beaucoup plus vite, beaucoup plus profondément qu'on ne le croit", dit-il, justifiant l'idée par l'exemple -non sans cynisme ni prétention- : "désormais quand il y a une grève, personne ne s'en aperçoit".
Patatras ! fini l'état de grâce. Retour au candidat président, au président partisan. En bonne métaphysique aristotélicienne, on pourrait dire que l'apesanteur n'est décidément pas l'essence de notre président ; elle lui est au mieux un accident. Les français estimaient cette qualité nécessaire à la fonction, chez le titulaire actuel elle est simplement contingente.
J'avais cru au miracle, ce n'était qu'un mirage.
Zarafouchtra

Référence : Le Discours de N. Sarkozy -cliquez pour consulter sur le
Site Internet : Les mots ont un sens

dimanche 6 juillet 2008

Marre de la télé ? Pas si vite.

La télévision, c'est merveilleux. J'en ai besoin pour me nourrir d'actualités, de reportages, d'images, de divertissements même, mais elle m'insupporte tout à la fois.
J'ai en permanence envie de reprendre une formule impropre, une accentuation, une approximation, une exploitation éhontée de séquences en boucle au profit de l'audience, de la consommation ou d'une visée partisane. Bref, je la souhaiterais souvent en panne...

Quel bonheur jeudi soir, elle marchait ! A la place d'une énième rediffusion ou série, Thérèse est tombée sur les images de la libération inattendue de Ingrid Bétancourt. Miracle ! Nous voilà rivés à l'écran, soufflés par la précision des mots, la fluidité des choses. Cette femme, à peine sortie de son enfer, était ravissante ; elle nous ravissait et m'ôtait tout esprit d'éternel contempteur.

A défaut d'avoir retranscrit aussitôt cette rare impression, j'ai trouvé sur un blog (1) des mots qui auraient pu être les miens. J'ose les emprunter, tant ils me semblent appropriés :

"Ingrid Bétancourt est habitée. Elle porte en elle une paix et un calme incroyables. On l’imaginait presque mourante descendant de l’avion, une victime ayant subi une détention terrible et des conditions d’humiliation profondes. On la découvre, sereine avec la force de celle qui a été transformée par l’épreuve et qui en sort grandie.

Elle répond, posée et souriante, à une heure de conférence de presse sur le tarmac. En quelques mots, on devine son étoffe. Il n’y aucune haine, aucune rancune dans son regard. Une force morale extraordinaire.

Les journalistes lui posent de vraies délicates questions sur la politique, son choix de visiter ce village qui a conduit à son enlèvement. Elle y a pensé, elle ne regrette rien et pense que telle était son destin et quand elle le dit, on la croit, cela se voit.

Ingrid dit des mots comme s’ils étaient déjà écrits. Son calvaire, elle semble en avoir déjà mis à distance. Elle est là, elle pense au futur et remercie chacun. Ce que nous avons vu en direct est rare, profondément rare, nous avons vu un être humain digne qui nous montre le meilleur de nous, même en sortant de l’enfer.

Bienvenue, bienvenue Ingrid, bienvenue chez nous".

Le surlendemain, même chose à son arrivée sur le sol français ! Il émane d'elle tant de grandeur, de distance, de justesse dans ses propos et dans son attitude que le Président s'est senti obligé de se grandir. Inouï. Pour être à la hauteur, il réplique par un petit discours sobre, juste, sans facilité, ni forfanterie. Bref, enfin un discours de Président ! Nouveau miracle, vrai miracle. Habitée ? exaltée, Ingrid Bétancourt ? Non, non. Une sainte, vous dis-je !
Et si l'on gardait encore un peu la télé ?
Zarafouchtra

Documents : Le retour d'Ingrid Bétancourt en France (Le Monde.fr - Màj le 04.07.08 - 18h04). Pour consulter, cliquez :
http://www.lemonde.fr/web/panorama/0,11-0@2-3222,32-1066601,0.html
3 rubriques
- Les larmes de joie d'Ingrid Bétancourt
- L'arrivée sur le sol français
- Nicolas Sarkozy : "C'est toute la France qui est heureuse"

(1) – Mémoire vive.TV : www.memoirevive.tv/categorie/blog/ – 3 juillet –

vendredi 4 juillet 2008

Encore des sophistes aujourd'hui ?

Qui étaient les sophistes que dénonçaient Socrate en son temps ? Sans doute des professeurs de rhétorique, des avocats, des beaux parleurs en tout genre, prêts à voiler la vérité du fond sous l'apparence de la forme. Bref des "communicants" bien peu différents de ceux d'aujourd'hui.
J'y pensais, en écoutant sur France 3 récemment le Président... A la veille de sa prise de fonctions au sommet de l'Union Européenne, il faisait le point sur ses projets et dossiers en cours. A propos des travailleurs sans papiers, il maintint ferme l'orientation donnée à M. Hortefeux, son ministre : il fallait bien expulser les personnes en situation irrégulière car "la France, selon la célèbre formule de Michel Rocard, ne pouvait accueillir toute la misère du monde" ! Voilà l'argument définitif : comment pourrait-on lui reprocher une politique, appliquée en son temps, par la gauche humaniste ?
Pauvre Michel Rocard, naguère si populaire dans l'opinion, riche dans ses analyses, pertinent dans sa gouvernance malgré les croche-patte que lui firent allègrement ses compagnons ! Pauvre Michel Rocard, dont la longue carrière -maire, député, premier ministre, sénateur, député européen encore à ce jour- se trouve communément résumée par deux formules simplistes : "le parler vrai" et "la misère du monde" !
Paradoxe incroyable : la seconde formule est toujours utilisée pour démentir la première : car le propos exact (1) est celui-ci : "La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part."
C'est donc exactement l'inverse de ce qu'en dit M. Sarkozy, en dépit de tous les démentis que Rocard ou ses amis ont rédigés depuis près de 20 ans pour rétablir le "parler vrai". Propos habilement détourné donc au profit d'une politique sécuritaire, faisant des étrangers -qu'ils travaillent ou non, qu'ils paient des impôts ou non- la source des malheurs de la France : chômage, délinquance, déficits sociaux ; politique plus conforme aux souhaits des extrêmes que des pratiques des socialistes ! Argument sophiste, prenant sans vergogne le contre-pied de la vision originelle. Mauvaise foi évidente, inélégance indigne.
Notre pays qui revendique depuis Descartes la rigueur des mots pour désigner les choses, notre pays n'est plus ce qu'il était. La cause ? A coup sûr "Mai 68" ... Haro ! Il a raison le Président : "liquidons 68", à l'image des Grecs, au bord de la banqueroute et exténués par leur guerre contre Sparte, qui voulurent sauver leur pays en "suicidant" Socrate. Moralité ? plus de Socrate, partant plus de sophisme.
Zarafouchtra


(1) Propos tenu en 1989, devant des militants de la Cimade, par Michel Rocard alors premier ministre.

Référence : "La part de la France" - "point de vue" de Michel Rocard, publié dans Le Monde du samedi 24.08.1996.



lundi 30 juin 2008

Oh la la que de convictions !

Il n'est pas de jour où l'on n'entende un journaliste ou un animateur de radio-TV louer les gens de convictions. Pas une biographie, pas une nécrologie qui fasse l'économie de l'expression : "voilà un homme de convictions". Et d'ailleurs bien plus rarement "une femme de convictions" !
Convictions ? Que de bêtises dites en ton nom ... Certes c'est plutôt bien d'avoir des convictions. Pourquoi un maire, un député, un président, s'il n'avait de convictions, serait-il élu ?
Le reproche n'est pas là. Il réside dans la tendance de plus en plus habituelle à ne pas oser dire, nommer et juger les choses. Et alors, à mettre tout dans le même sac : Sarko, Royal, Besancenot, Le Pen, Thibault ou Chérèque, Bayrou et quelques autres ! Que je sache : s'ils ont tous des convictions, ils n'affichent pas les mêmes. Mais c'est tellement simple de célébrer leurs convictions, que cela évite de réfléchir aux valeurs qui les distinguent. Voilà une forme exemplaire du "politiquement correct" servi, chaque semaine, chez Drucker, Cauet, ou autres bateleurs. Mais alors, des convictions pour quoi ? A ne pas mentionner la finalité, à ne pas juger sur le fond, on s'interdit de penser.
C'est comme dans les émissions, les spectacles ou les matchs de foot : "Oh la la que d'émotions !" On s'interdit d'analyser et différencier les sentiments. Et voilà ce mot-valise qui vient tout remplacer ; comme si tout était semblable : la tristesse, la joie, la colère, l'enthousiasme, l'ironie, la mélancolie, et tant d'autres ressentis.
"Ne sentez-vous pas toute cette émotion, mon cher Jean-Mimi ?
Tout à fait Thierry. C'est bien le fond de mes convictions" !
Zarafouchtra

L'audio-visuel en émoi

Tout le microcosme résonne des remous de la réforme de l’audio-visuel, où chacun voit midi à sa porte. J.F. Copé, ravi des décisions du Président, en dépit des entorses faites au rapport de sa commission. A. Montebourg se fait plaisir à trouver des mots excessifs pour masquer des propos convenus sur la mort annoncée du service public.

Derrière la façade, l’analyse est un peu courte. Aussi courte que l’annonce –il y a déjà plus de 20 ans !- par Philippe Léotard du prétendu « mieux-disant culturel » que devait produire la privatisation des antennes publiques d’alors…

Or le débat pourrait nourrir aujourd’hui de nouvelles réflexions, car il se déroule à fronts renversés :

o Sarko et la Droite libérale soutiennent une réforme « au nom de la défense du service public » en supprimant la publicité, tout en taxant les fournisseurs d’audiovisuel privés.

o La Gauche revendique le maintien de la publicité qu’elle n’a cessé de vilipender au nom de l’indépendance et de la qualité du service public ; oubliant que l’audimat était depuis des années l’un des critères de pression, conduisant France 2 notamment à lorgner du côté des paillettes de Bouygues ou de Berluconi !

Ce renversement de position est certes tactique et opportuniste. Sarkozy poursuit sa pêche dans le camp de gauche, pour brouiller les cartes et affaiblir l’adversaire : après les évocations de Blum et Jaurès, l’instrumentalisation de Guy Moquet, après le succès des ralliements à sa cause des Jouyet, Besson, Kouchner, il ne lui déplaît pas de reprendre pied dans l’audiovisuel pour faire oublier sa chute d’image et reconquérir une audience indispensable aux échéances futures.

Pour la gauche, c’est plus délicat ; elle n’est pas en capacité de choisir les cartes. Elle est sur la défensive, avec deux arguments difficiles à manier : la publicité comme garantie de l’indépendance du service public ? c’est l’arme libérale par excellence ; le refus de l’augmentation de la redevance ? c’est l’arme inutilisable dans le contexte de baisse du « pouvoir d’achat » alors que c’est l’un des rares moyens fiables pour conforter et pérenniser une offre publique de qualité.

Au-delà de la tactique, c’est bien pour le pouvoir présidentiel un choix stratégique : organiser et revendiquer l’audiovisuel entreprise publique, à l’image des autres où l’Etat actionnaire principal définit, oriente, incite, autorise et nomme le responsable. En semblant respecter les règles du C.S.A. et la volonté du parlement, mais en fait en reprenant la main, comme au temps de l’ORTF et de la « TV Peyrefitte ».

Est-ce bien sûr que tout parti candidat à l’exercice du pourvoir ne se plairait pas à maîtriser une position analogue ? Les socialistes offusqués aujourd’hui ne seraient-ils pas prêts à se couler dans le moule, comme Mitterrand le fit de la constitution de 1958 après l’avoir tant vilipendée ?

En tout cas, ils sont rares ceux qui osent dire la vérité : ou l’on paie une redevance élevée et l’on peut obtenir la TV publique souhaitée, ou l’on y renonce et l’on a –peu ou prou- une télé de béton ou des berlusconneries à volonté.

Ils sont rares également ceux qui ont tenté de donner une réponse globale. Télérama a édité un excellent dossier sur la question ramassé en dix propositions. Quel homme ou femme politique, quelle contribution actuellement déposée pour le Congrès P.S. de l’automne, osera le reprendre à son compte ? Puis le mettre en œuvre ? A suivre …

Zarafouchtra