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dimanche 7 mars 2010

Pâle reflet de la démocratie ?

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Il y a une semaine, j'ai pesté devant mon poste de télévision lors de la Cérémonie des César, censée célébrer les films, réalisateurs, acteurs et techniciens en vue au cours de 2009. J'apprécie trop cet art pour que ce ne soient pas les meilleurs qui le représentent et qui le portent aux nues. Mais là que de redondances, d'effet boule de neige ! Les coteries, les copinages voire les stratégies souterraines confinent à l'absence de discernement. Je ne peux pas imaginer que ces élections soient libres. Ou bien, si cette liberté existe, il faut en changer les règles puisqu'elle produit chaque année les mêmes effets pervers : distinguer un seul et même film par une multitude de César, tandis que les autres sont négligés, effacés des mémoires, quelle que soit leur qualité.

On ne s'y prendrait pas plus mal si l'on avait quelques idées malintentionnées ! L'an dernier j'avais fait les mêmes remarques à propos de Séraphine ! Au demeurant superbe film que j'avais vu deux fois avec un immense plaisir, appréciant notamment la performance de Yolande Moreau. Méritait-il sept César, dont le prix de musique, décors et costumes ? Il me semblait que non, mais ...

Qui dit mieux cette année ? Le prophète de Jacques Audiard. Excellent film, c'est certain, où la fiction et la réalité s'entrechoquent, la violence et l'estime, la haine et la solidarité. Film de fiction et film social documentaire à la fois. Film-S.O.S., film-cri-de-détresse pour que la réclusion, -sinon nécessaire du moins inévitable- n'engendre pas une criminalité pire. Résultat ? Neuf statuettes, comme s'il fallait que les votes confirment le rôle de favori que la presse ou le milieu du cinéma avaient auparavant décerné. Le "milieu" en effet ... !

Quel sens ce palmarès peut-il bien avoir, ignorant les nombreux films que l'année 2009 avait vu s'épanouir auprès de publics divers mais réels. Oublié Welcome, enfoncé Les herbes folles et avec eux leurs brillants réalisateurs ou acteurs ... sans parler de bien d'autres artistes qui n'avaient même pas été dignes d'être "nominés", selon l'horrible expression.

L'on sait que la démocratie dépend de la justesse de la loi électorale dont il existe différents modèles. Dans le monde des César, on a le sentiment qu'on conserve la règle précisément parce qu'elle produit des distorsions qui servent la finance, la libre loi du marché. C'est injuste ? Peu importe, semblent dire les candidats, car le jour où la victoire est pour moi ... c'est bingo !

Qui m'expliquera les modalités de vote, les critères de jugement, les raisons de cet inévitable empilement de récompenses ? Y a-t-il un brin de cohérence ?

En dépit de mes agacements, je n'ai pu m'empêcher de regarder peu après la retransmission des Victoires de la musique. Même rituel insupportable, mêmes reproches sur les choix, sur les victoires, alors que l'éventail présenté était parfois intéressant.

Et puis, suprême effet de la démocratie directe, ce clip-ritournelle conçue comme une bande-annonce des candidats soumis au vote du public ! Avec en prime le récurrent "... tapez un... tapez deux ..." pour aboutir à un choix confondant : la rengaine la plus nulle entendue 36 fois au cours de la soirée a été reconnue comme "la chanson originale de l'année" !

Mort de rire !

Il faut dire que la petite chanteuse canadienne a un minois bien plus ravageur que son talent d'artiste ; des milliers de téléspectateurs invités à voter n'ont pas dû y rester insensibles. Peut-être ont-ils confondu avec l'élection des miss... l'erreur est humaine, un vrai coup de pirate au coeur !

Démocratie ? Démagogie ?

"Ça m'énerve !"
chantait au début Helmut Fritz, l'artiste qui a présenté et de loin la chanson la plus originale parmi les nommées. Moi, à la fin, ça m'énervait encore plus.

Juré, craché ! On ne m'y reprendra plus.

Zarafouchtra

mercredi 13 janvier 2010

Grouchy ? Non, Blücher. *

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Depuis cinquante ans l'histoire de la télévision, notamment des chaines publiques, est une incessante succession d'émissions de variétés qui ont cherché à distraire le public. Divertissements populaires, découvertes de musiques, de chanteurs, numéros d'artistes, parfois mêlés de discussions, d'échanges intelligents "sans prise de tête", de jeux, de fantaisies. Inutile d'en faire la liste, chacun a gardé en mémoire des images, depuis "La piste aux étoiles", jusqu'à "Taratata", en passant par "Champs Elysées" ou "La tête et les jambes".

Aujourd'hui, elles sont rares les émissions à la fois variées, construites, pensées en vue d'un pur plaisir. On n'échappe guère à la vulgarité ; vulgarité de propos, inélégances des mots ou des thèmes, vulgarité de la publicité permanente déguisée ou même proclamée sans vergogne. Et puis certains jeux quelle facilité ! Pas besoin de s'interroger sur la structuration de l'émission, le format est immédiat, permanent, confortable pour le spectateur passif qui est visé, ciblé diraient les communicants !

Facilité au fond mais -si possible- pour la bonne conscience. Apparence de culture et d'intelligence... "Questions pour un champion" installé depuis des années, demeure un bon coup pour une soirée de "prime time" ; il suffit d'inventer un thème : le meilleur des champions ou le "champion des Grandes Ecoles" ou tout autre "Qui veut gagner des millions ?"

Cette dernière émission fait le bonheur de bien des gens, sinon leur fortune. Quelle chance ! chacun peut espérer égaler ou dépasser le candidat qui vient de partir avec quelques dizaines de milliers d'euros ! Alors pour les grandes soirées, il suffit de garder le "concept" de l'organiser autour de l'amalgame "misère-souffrance-générosité-bonheur" et d'offrir des millions au bénéfice d'une organisation humanitaire ! En ce cas, ce sont des stars médiatiques qui, sous couvert de charité, viennent s'affronter, se montrer solidaires, généreux et, mine de rien, rappeler leur DVD ou leur prochaine tournée. Comme hier, du pain et des jeux ?

Mais où et comment situer la dramatisation du jeu-spectacle, pour que la tension monte dans le public et conduise au maximum d'intensité ? pour scotcher le spectateur à son écran et si possible racoler l'éventuel zappeur insatisfait des programmes concurrents ?
Il y a bien sûr le niveau de difficulté des questions, les hésitations sur les réponses, les rappels de stratégies plus ou moins bien avisés de l'animateur, l'incertitude du montant atteint mais quoi donc encore ? Eh bien, comme jadis pour les étoiles de Roger Lanzac, lorsque les acrobates du cirque s'envolent en l'air, s'accrochent, se lâchent, se rattrapent du bout des doigts, les tambours roulent, grondent, la musique enfle, inquiète, angoisse et soudain un grand coup de cymbales ferme le ban pour marquer la réussite du numéro. Et les artistes désormais soulagés sourient à qui mieux mieux !

Ces roulements d'angoisse sont le fin du fin de l'incertitude et du drame : plus l'enjeu financier est élevé, plus le roulement est grave, inquiétant et long. Interminable même, que les deux candidats se demandent si les mouches ont 4 ou 6 pattes, ou qu'il s'agisse de savoir si, dans "la Critique de la Raison pure" d'Emmanuel Kant, les jugements synthétiques sont "a priori" ou "empiriques" ...

Merveille de la variété-télé !

La soirée du premier janvier 2010** était de ce tonneau, inquiétante au possible au gré des tambours, puisque le fric était au bout des roulements. Quel bonheur pour l'anniversaire de la télévision rêvée par notre "cher" Président !

Soudain, surprise ! Fatigue ? Erreur ? Assoupissement compréhensible dû à la soirée de réveillon précédente ? ... je ne reconnaissais plus J.P. Foucault. Avait-il eu un malaise ? avait-il fallu le remplacer en urgence ? Peut-être avais-je manqué un épisode. Les questions n'étaient plus tout à fait les mêmes ; plus de carrés magiques, mais quatre mots à retrouver au milieu d'une chanson, parfois 6 ou 8. Ce devait être la seconde partie de l'émission. Les mêmes spectateurs décors semblaient changés ; le rappel récurrent des possibles gains opérait le même charme, l'animateur suggérait de faire appel à l'un des trois jokers. Les chanteurs et artistes s'efforçaient toujours de bien répondre tandis que les associations humanitaires se frottaient les mains à chaque réussite. Le suspens s'intensifiait de minute en minute, bientôt l'on atteindrait le million d'euros.

Pas de doute, c'est bien la suite de l'émission avec toujours le même drame : les roulements de tambours, longs, de plus en plus longs au gré de la difficulté. Mieux même : le sublime consistait à découper le résultat en morceaux : deux mots ? les tambours ronflaient. Ouaiss ! Un autre mot ? les tambours plus angoissants encore... Enfin la cymbale libératrice permettant au candidat de taper, rageur, dans la main de ... mais ouaiss !!! ce n'était plus Foucault, c'était Nagui ... MERDE !... j'avais zappé sans m'en rendre compte !

C'est alors que je retournais sur TF1. On était là au comble de l'incertitude entre deux expressions. Les tambours roulaient interminables, les mains se serraient ; les doigts se crispaient ; j'attendis un peu ... Infernal !
N'en pouvant plus de ce suspens bidon, je re-zappe sur FR2. Déjà Nagui était figé de peur, la candidate ne disait mot, autour de lui les cœurs battaient au rythme des ... tambours qui scandaient l'insupportable angoisse ; les mêmes artifices, la même trivialité... Désespérant !

Le "mieux-disant-culturel", naguère cher à M. Léotard, sévissait sur toutes les chaines. Avec ou sans publicité, la télévision vend toujours du temps de cerveau disponible***. Je pouvais m'en aller coucher, apaisé, réconforté et serein à jamais.
Mais pour 2010, faisons le vœu d'oublier ces bien étranges lucarnes.

Zarafouchtra

* Ces mots renvoient au poème de V. Hugo, "L'expiation" (Les Châtiments).
Au 3ème jour de la bataille de Waterloo, le 18 juin 1815, Napoléon espérait recevoir le renfort de Grouchy. En réalité, c'est le
général Blücher à la tête des troupes prussiennes qui arriva le premier !
"Le soir tombait ; la lutte était ardente et noire.
Il avait l'offensive et presque la victoire [...]
"Soudain, joyeux, il dit : "Grouchy !" - C'était Blücher"
L'espoir changea de camp, le combat changea d'âme,
La mêlée en hurlant grandit comme une flamme".
Et le sort de la bataille bascula.

** Cf. Télérama 3127-3128 du 16 décembre 2009 -page 254- : sur les deux cases en vis à vis (20h45 pour TF1 et 20h35 pour FR2) c'est un même commentaire copier-coller : "En l'honneur de l'an neuf, nos vedettes nationales vont se démener pour faire gagner de l'argent à des associations méritantes" ...

*** Selon la sinistre expression de M. Le Lay, alors resposnable de TF1.

mardi 5 janvier 2010

Le froid redouble de rigueur ... ?

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Janvier est là, avec ses froidures. On entend autour de soi parler de rigueur de l'hiver...

Je préfère réserver ce mot à ce qui décrit la cohérence des choses. La rigueur, disais-je, non la rigidité, c'est un principe fondateur de l'entreprise humaine, garant de la justesse et de la vérité.
C'est précisément pourquoi je m'agace, quand l'incohérence vient habiter des domaines où le sérieux, la gravité devraient s'imposer sans relâchement.

L'information, par exemple, quoi de plus exigeant ? Elle ne tolère ni l'approximation, ni le contradictoire. Et en cette matière le Service Public devrait s'avérer irréprochable. Pourtant .... deux exemples récents !

Le 4 janvier, sur France 3, lors des informations de 18h30 ou 19h. Le journaliste interroge sur les prévisions de l'année 2010. Cliquant sur son écran tactile comme un ado sur son jeu vidéo, il fait apparaître l'experte interviewée : Comment voyez-vous l'évolution de l'économie ? Et la politique, quel avenir proche ?

Avec le plus grand sérieux, la réponse est donnée. En substance : "la crise économique sera encore bien rude à supporter, mais elle laissera progressivement place à la reprise ; il faudra cependant attendre 2011, pour que ce soit plus net". Et les élections de 2012 ? Notre spécialiste se fait catégorique : "non le PS ne présentera pas DSK. Martine Aubry sera opposée à Nicolas Sarkozy qui l'emportera haut la main. Et Ségolène ? elle conservera un rôle...". Là le journaliste, largement repu des "preuves" accumulées, interrompt la pythonisse, aussi inspirée que le fut jadis la prêtresse de Delphes. Pythonisse ? J'exagère, pensez-vous. Mais non j'ai bien vu, j'ai bien lu sur l'écran : Madame-l'experte-des infos-du-soir était en toute rigueur ... astrologue. Et sans la moindre distance, ni ironie du journaliste, il enchaîna "sans transition" comme dit PPD la marionnette des Guignols, sur la relation d'autres événements. Dûment vérifiés ?

Le lendemain sur France-Inter, j'ai regretté que ce ne fut pas une séquence humoristique du "Fou du Roi". Le chroniqueur habituel de la Bourse de Paris, peu avant 13 heures, s'étouffe de satisfaction : "le CAC 40 frise à nouveau les 4000 points" ! Le yoyo libéral qui mesure les humeurs de l'économie, jouet cassé il y a moins de 18 mois, renaît comme le phénix miraculeusement. Qu'il monte ? Et notre admirateur s'esbaudit devant tant de merveilles : c'est la joie, l'espoir, le bonheur accessible du bout du doigt des riches. Qu'il descende ? Le voilà qui pleure : c'est la catastrophe, l'alerte rouge, la misère assurée pour les pauvres spéculateurs.

Jour de fête ! Cadeau des rois mages en ce temps d'Epiphanie ! Notre journaleux oublie la rigueur de son métier. Et de donner, comme à son habitude, des justifications à la hausse, avec autant de certitudes que les Diafoirus du théâtre de Molière ! La bulle gonfle, s'élève, se nourrit même des plans sociaux pour optimiser les profits : pourquoi ne pas exulter ?

Vous avez dit rigueur ?

Où sont les Poali, les Freeman, ou les Demorand qui s'évertuent tous les jours à décrypter la géopolitique, à dénoncer les délocalisations absurdes, le productivisme, les atteintes à l' environnement ? Où sont-ils ceux qui nous invitent à réfléchir, à dévoiler la réalité des faits sous les postures et les plans-com. ; à penser le monde autrement, à souhaiter qu'après la bulle financière rien ne devra(it) plus se reconstruire comme avant, à bâtir une éthique pour l'humanité ?

Manifestement dans le service public, il y a pour le moins failles, sinon faillite. Car à cultiver aussi nettement la contradiction, à dispenser cette chronique boursière quotidienne sans la mettre en cohérence avec les réflexions sur le devenir de la société et de la planète, n'est-ce pas se payer de mots et de concepts inutiles ? Et prendre les auditeurs pour des sots ?

Malheur à nous pauvres auditeurs, baladés d'un zig à un zag, sans autre moyen que de fulminer de tant d'approximations. On en viendrait parfois à tenter d'émigrer vers d'autres sites médiatiques plus..., moins..., bref mieux !

Hélas, pendant les récentes grèves sur France-Inter, j'ai fait l'essai des concurrents. Horreur ! J'ai bien vite réintégré ... Bah ! je baisserai le son, juste avant 13 heures, au moins jusqu' "à la Chandeleur, là où l'hiver s'en va ou prend vigueur".

Vigueur ? Eh oui, pour être rigoureux !

Zarafouchtra


N.B. Le dessin satirique sur le Bourse est tiré de : www2.snut.fr

mercredi 4 février 2009

1632 ... et toujours la même tentation.

1632 ?
C'est le nombre de pages que comportent les carnets secrets de la Ve République de Michèle Cotta. Journaliste d'abord puis présidente de la Haute Autorité de l'audiovisuel, elle a fait preuve d'une belle constance pour rédiger presque chaque jour ses notes et appréciations critiques. Depuis 1965, elle n'a eu de cesse de poursuivre de son assiduité le personnel politique, pour en obtenir le meilleur de ses secrets. Au gré des pages, ce sont notamment les portraits de Mitterrand, Pompidou, Giscard, Chirac, au milieu de dizaines d'autres qui ont marqué de leur empreinte la Ve République. Aucun ne manque, certains viennent et reviennent selon l'actualité. Un manège permanent, où la distance nécessaire à la déontologie se dispute à la sympathie, la complicité ; l'amitié même, bien que contenue, car l'auteur livre leurs secrets et très peu les siens.


Vrais ou faux secrets ? Si les enjeux d'alors leurs donnaient quelque profondeur, la réalité d'aujourd'hui les a largement éventés. Secrets de polichinelle que les trahisons de Chirac ! les ficelles tirées en coulisse des Garaud, Juillet et Cie ! les combats ou les coups bas tirés à vue dans tous les congrès socialistes !

Parmi mille choses que contiennent ces deux tomes, un énorme fil rouge, une volonté lancinante, récurrente des présidents successifs : avoir la main sur l'information. En dépit des intentions avouées ou de la morale affichée, ils sont dans l'illusion permanente que là est la clé de leur avenir. Ah ! si les journalistes, si la radio et la télé surtout rendaient mieux compte de leurs intentions, de leurs projets, la France s'en porterait mieux et les français leur rendraient spontanément grâce en les réélisant ... Et chacun de s'enferrer avec le même aveuglement.

De Gaulle, Pompidou, Giscard, tous ont recherché la servilité de la profession. Les premiers avec un ministère de l'information directement sous le contrôle du Premier Ministre ; Giscard, dans sa vision plus libérale, casse le monopole de l'O.R.T.F. au nom de son credo libéral, mais bénéficie encore du poids des institutions et des habitudes.

Pour Mitterrand, c'est plus complexe. Ses orientations prônant les radios libres et la liberté des médias, vont faciliter le pluralisme de la presse, des ondes et des images. Il n'oubliera pas néanmoins dès le début de son septennat de "soutenir le départ" de journalistes et animateurs des années 70 ! Puis il créera la Haute Autorité -confiée néanmoins à l'une de ses proches- comme marque de l'indépendance revendiquée.
Combien de fois Michèle Cotta évoque les conversations où Mitterrand, sans donner de strictes consignes, tente de circonscrire toute attitude qui pourrait lui devenir hostile ! Il joue ainsi au chat et à la souris, la laissant s'échapper sans la perdre du regard. Jusqu'au jour où, après des élections perdues, Chirac transformera cette institution pour la reprendre en mains.

Devenue Conseil Supérieur de l'Audiovisuel (C.S.A.) cette institution fêtait ce 3 février ses 20 ans d'existence. J'allais lever mon verre pour saluer, si ce n'est l'indépendance, du moins une certaine autonomie... Patatras ! l'histoire, comme le prétendait Nietzsche, est bien un éternel recommencement. Le Parlement "dans sa grande sagesse" est en train d'adopter la loi sur l'audio-visuel qui redonne la main au Président-Tout-Puissant, sur toutes les nominations des chaînes TV et radios publiques. Et probable hasard des choses, ses meilleurs amis sont -"à l'insu de son plein gré"- les puissants patrons de groupes de presse et de communication.

Mais les journalistes sont-ils aisément disponibles ? La plupart savent que la liberté ne s'use que si l'on ne sert pas. Comme, dès ce jeudi 5 février, le Président s'invite dans les petites lucarnes pour "faire la pédagogie de la crise" face à des interrogateurs qu'il a choisis, y aura-t-il séance d'illusionnisme ou sursaut de liberté ?

Que de secrets, tentations ou tentatives, illustrations ou illusions, les Michèle Cotta de demain auront encore à raconter ; en 1632 pages ou plus ... si affinité !
Zarafouchtra

lundi 19 janvier 2009

Le jour où la pub s'est arrêtée...

Ça y est, la pub c’est fini sur la TV publique depuis quelques jours ! A 20h35 commencent les vraies émissions pour la plus grande satisfaction de tous, pour le divertissement intelligent, pour le « mieux-disant culturel » annoncé jadis avec fracas. Bref une TV de classe, après tant d’années de modèle berlusconien !
Il restait cependant à le vérifier. Samedi soir, par exemple, une soirée tranquille sans autre projet en tête. Eh bien oui, il n’y a plus de publicité après le J.T. Juste la météo, quelques annonces de programmes et plouf ! on plonge directement dans les émissions. Quel bonheur, moi qui suis plutôt publiphobe.

Quoi donc au programme du jour ? Patrick Sébastien et son Grand Cabaret. Exceptée l’impression de déjà vu, puisque l’émission s’affiche mensuellement depuis plus de 10 ans, j’apprécie plutôt les numéros où les acrobates et magiciens, venus de tous les coins du monde, sont réellement dignes d’être applaudis ! Entrecoupées de quelques mots plus sobres, enchaînées sans les digressions habituelles et les plaisanteries ( !) de l’animateur, débarrassées des rengaines douteuses du tutti final, les séquences-spectacles pourraient donner de l’élégance à l’émission.
Mais pourquoi diable, le concept d’émission –comme l’on dit désormais dans les médias– n’a-t-il pas évolué ? Hier j’ai tout compris : la publicité n’est plus là avant et après l’émission, elle l’envahit, elle la submerge, l'engloutit. Au lieu de nous libérer de celle-ci de temps en temps, on nous la déverse à gros bouillon en permanence. La belle arnaque, le revers de la bonne conscience de Sarkozy !
Mauvaise foi de ma part ? Probablement, diront certains ; mais voyons le détail. Douze invités, douze promos, douze "contrats" de publicité" !
Victoria Abril ? elle venait présenter un C.D., Michel Jonasz ? je ne sais plus quel DVD ; idem pour Natasha Saint-Pierre. Clara Morgane, une belle fille inconnue glosait sur son album nouveau-né ; les comédiens Henri Guibet et Christophe Guibet évoquaient leur tournée avec un spectacle en duo familial. Marie-Claude Pietragalla, la brillante danseuse présentait… quoi donc ? Patrick Bosso, un DVD de tournée ou quelque chose semblable. La chanteuse Elsa venait de sortir un album CD sous son vrai nom Lunghini –nouveauté oblige !- Enfin, Jean-Luc Lemoine ? le Dvd de son one-man-show peut-être. J’aurais dû prendre des notes... Quoi d’autres ? Rien ne leur fut demandé, sauf de présenter le numéro de cabaret suivant, maintes fois entrecoupé des commentaires intempestifs de Sébastien - mystère de l’ego !

Je me suis alors dit : « malchance, tu es tombé par sur une rediffusion, une-du-temps-avant-la-fin–de-la-pub ! "
Sitôt pensé, sitôt vérifié. J’ai laissé venir l’émission suivante. Laurent Ruquier nous annonça qu’il ne fera pas ce soir la pub de Martine Aubry, ni de Carla Bruni-Sarkozy, ni celle de … Parfait ? Pas si vite. On passa à ses invités. La fantaisiste Florence Foresti était là pour parler de sa tournée, l’écrivain Philippe Besson trouvait excellent son dernier roman, Michel Fugain se laissait faire la promo de son autobiographie ! Je ne vous dis pas mon humeur. Enfin, peut-être Alain Duhamel nous offrirait-il une analyse d’actualité dont il a le secret ? Vous n’y pensez pas : arrive sans tarder la pub pour son essai « La marche consulaire » une comparaison entre Bonaparte et Nicolas Sarkozy. Qu’allait nous vendre Anne Hidalgo, le bras droit de Delanoë à la mairie de Paris ?
Malheur, je ne saurai jamais. J’ai éteint exténué, écrasé de fatigue sous tant de pub déguisée. Allez, je rallumerai quand les députés remettront la pub sur le service public. Putain de service !
Zarafouchtra

vendredi 16 janvier 2009

Les docteurs imaginaires de la finance

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Pourquoi ai-je gardé un souvenir impérissable du "Malade imaginaire" de Molière ? Sans doute parce que j'ai vu la pièce alors que j'étais encore très jeune. Plus certainement encore parce que Jean Dasté en était l'immense acteur principal.

Depuis des années, mais encore plus fortement depuis la crise financière de l'automne, je pense à cette comédie-là, lorsque j'entends les experts de l'économie et de la bourse expliquer les oscillations du C.A.C. 40, de l'euro ou du dollar. Chute de 3% du cours de la bourse ? l'attente des décisions de la F.E.D. ou la B.C.E. qui hésitent sur leurs taux directeurs ! Hausse de 0,4% de l'action P.S.A. ou Alcatel ? les administrateurs espèrent 2182 licenciements plutôt que 2173 ! Chute ou hausse inattendue du yen à l'ouverture de la bourse de Tokyo ? Sans hésitation, nos éminences confirment que demain sera jour férié dans les Émirats, dès lors la production de pétrole risque de s'affaisser ! Sans oublier "les petits ajustements techniques", "les prises de participations", "les anticipations sur les bénéfices", "les ...", qui tour à tour servent de prétexte à leur ignorance. Dans ce loto du fric des spéculateurs de tout acabit, où règne l'irrationnel, où les ambitions de chaque joueur n'espèrent que des profits plus substantiels, nos petits savants se doivent de présenter les stratégies logiques. Lesquelles ? Celles que leur vanité les conduit à inventer, pour se persuader de leurs savoirs.

Ces maîtres-es-palais-Brongniart sont les Diafiorus du monde moderne. Ils ressemblent étrangement à la Toinette de Molière qui péremptoirement pour ridiculiser les docteurs ignorants affirmait que tous les maux de son malade imaginaire relevaient du poumon !
A quand leur profil bas ? En dépit de leur science, aucun n'avait prévu l'échec, aucun n'avait subodoré la crise brutale des subprimes ou stocks-options, ni dénoncé les produits financiers frelatés...

En cette période de voeux, souhaitons-nous qu'un Molière du XXIème siècle écrive une grande comédie où les petits marquis de la finance et les Diafoirus de la Bourse seraient emportés, par le rire, dans la dérision et le ridicule.

Zarafouchtra

mardi 25 novembre 2008

Un fait divers ? Changeons la loi ! - illustration-.


J'enrage depuis des années, mais en particulier depuis 2007, quand à la suite d'un fait divers grave, voire tragique, mais singulier, les politiques incriminent aussitôt l'inadéquation de la loi, pour proposer de la changer dans l'urgence !
C'est contraire à l'essence même de la loi, dont le but est, non pas de répondre au cas particulier, mais de servir le bien commun, l'intérêt général et de viser l'universel.
Cette pratique dévoyée relève de la gesticulation médiatique. But ? Montrer au bon peuple et aux victimes, que la puissance publique est vigilante, qu'elle ne laisse pas les crimes et délits impunis, que l'autorité et la sécurité ne cèderont pas devant le laxisme. Stratégie de la posture et de la bonne conscience.

Le drame du jeune étudiant grenoblois poignardé récemment par un malade schizophrène renvoie à cette catégorie. Le président de la République, selon le Monde (1) aussitôt "a promis un durcissement de la loi de 1990 sur les hospitalisations d'office, par la création d'un fichier et une restriction des libertés des patients". Que prescrira la loi ? Enfermer plus, plus longtemps ? Interdire les sorties, les mises à l'épreuve ? les réductions de peine ? Tout cela sans doute, ce qui entraînera d'autres conséquences malheureuses, d'autres drames. Déjà 25% des détenus en France souffrent de troubles psychiatriques, sans soins appropriés. Punir, encore punir !

"Foucault, réveille-toi, ils sont devenus fous"! Ce n'est pas une loi qui est urgente, mais une pensée, une perspective avec des solutions médicales, des pratiques sociales, psychologiques, associatives ; avec des mesures cohérentes, coordonnées, évolutives, tant pour les malades, les familles que pour les équipes soignantes. Bref repenser le problème dans sa globalité ; les attentes sont énormes, les besoins considérables et la pénurie complète.

Depuis une trentaine d'années, la maladie mentale est redevenue un tabou. Oubliés les fous, au risque de voir resurgir la tragédie comme à Pau, en 2004 ! Quant à la souffrance quotidienne des malades, de l'entourage, il est lui aussi nié, alors que chaque cas, chaque mort ou suicide est un cri d'alarme. Cri dérisoire que nul ne veut entendre.

Parmi ces cris au secours, un livre remarquable : "Histoire d'une schizophrénie - Jérémie, sa famille, la société" (2). L'auteur, Anne Poirée, décrit un voyage au coeur de la schizophrénie, à travers le regard d'une maman dont le fils est malade. Impuissante, ignorante de la maladie et des attitudes à adopter, désarmée face aux "psy" et leur mutisme, cette mère accompagne son fils avec amour et tendresse jusqu'à la mort. Histoire vraie. Authenticité de l'écrit. L'écrivaine raconte, réagit, dénonce l'incurie médicale et de la société qui préfère ignorer ses failles. Elle appelle à un autre système de soins, pour un autre regard, pour une autre organisation sociale. Le Docteur Olivier Louis, psychiatre et spécialiste de la schizophrénie, annote l'ouvrage et donne, comme dans une oeuvre musicale, un contre-point, un contre-chant qui tempère, précise, clarifie, reprend, non pour contredire mais pour compléter l'approche. A la subjectivité du récit, il ajoute l'objectivité de l'expertise.

D'autres réflexions de ce type existent, d'autres personnes notamment au sein d'associations, telles l'UNAFAM (3) ont compétence pour en parler. Il serait urgent que sur ce point le ministère amorce une démarche de réflexion, écoute l'ensemble des acteurs et définisse une politique cohérente de santé mentale pour la décennie à venir. Est-ce trop exiger ? Il est si simple de se contenter de "surveiller et punir".(4)

J'ai eu le plaisir de lire cet ouvrage dès son premier jet et même de suggérer à Anne Poiré -amie de longue date- des ajouts et des ajustements. Non sans quelque réticence, Anne a patiemment réécrit des pages, avec intelligence et finesse. J'ai apprécié le résultat final. Puisse-t-il être utile !
Sinon je continuerai à enrager ...

Zarafouchtra

(1) Le Monde du 20 novembre 2008 - Editorial et série d'articles sur la question.
(2) Editions Frison-Roche - juin 2008. Préface Jean Canneva.
Illustration de couverture Guallino, Fable du Chemin, 1989
(3) UNAFAM : Union Nationale des Amis et FAmilles des Malades psychiques.
(4) Allusion au titre du livre de Michel Foucault.- Editions Gallimard 1975.



dimanche 23 novembre 2008

Il y a longtemps que je ne t'aime plus...


Il y a quelques mois, j'avais intitulé un billet "Duel de charme", dans lequel j'évoquais les duos parfois acérés des actrices. Et de mentionner les Sandrine Bonnaire/Catherine Frot ou Kristin Scott-Thomas/Elsa Zylbertstein. [cf. l'article du 16.08.08] Pour le seul plaisir du cinéma.

Avec un peu d'imagination, j'aurais pu anticiper sur le combat frontal que se livrent, dans l'actualité, Martine Aubry et Ségolène Royal, pour la prise de pouvoir du P.S. Là, ni charme, ni cinéma ; au mieux une tragi-comédie, au pire un opéra-bouffe, orchestré, amplifié par les média dont le plaisir de la mise en scène est un pur ravissement. Ah, quel "Duo des chats" Rossini eût-il pu nous composer ? Car l'une prétend caresser quand l'autre griffe, l'une grimace quand l'autre sourit ; l'une incarne le progrès, l'autre l'avenir ! le changement sans rompre avec l'histoire, contre la fidélité au passé comme promesse du lendemain. Trahison prochaine vers le centre ou élection assurée avec le Centre ?
Laquelle est l'apparence, laquelle est la réalité ? Selon les schémas auxquels elles ont été nourris, la réalité visible n'est que l'écume des structures qui déterminent les faits et les consciences. Dès lors quel fond les habite l'une et l'autre ? Quel modèle les fascine ? Le mitterrandisme de congrès qui maniait superbement le verbe de gauche, ou le mitterrandisme de manœuvre qui choisissait Tapis contre Rocard ?

Le malheur est que ce combat n'ait pas été mené auparavant jusqu'au K.O. final. Depuis plusieurs années, le combattant précédent François de Tulle s'est mué en arbitre, se contentant de manager les uns et les autres à chaque round ; round européen, round présidentiel, round des motions sans synthèse sur le ring de Reims. Le débat démocratique, au lieu de trancher, s'est noyé dans l'irrésolution.

"Bonnet blanc, blanc bonnet". Aucune n'est celle que vous croyez. Aucune n'a le pouvoir de catalyse pour qu'une majorité de France puisse se reconnaître dans son élan. Alors deux scénarios : "Je t'aime, moi non plus" (1) et s'en est fini du P.S. - explosion assurée ; ou bien "Si je t'aime, prends garde à toi" (2) - et risque d'étouffement !

Coïncidence heureuse : le hasard de mes lectures m'avait récemment conduit aux "Cahiers secrets de la Ve République" de Michèle Cotta et au plaisir de revisiter l'histoire, y compris ses coups bas. Sans exclusive : Pompidou, Chaban Delmas, Giscard d'Estaing, Chirac, Pasqua ... tous tueurs ou tués selon les moments. Un pur régal. Sans oublier le maître, François Mitterrand, entrant au congrès constitutif du P.S. en 1971 (Epinay sur Seine) soutenu par seulement 10% des délégués (la Convention des Institutions Républicaines) et en sortant avec plus de 50% de votes. Un parfait hold-up de l'ex-SFIO ! Et une vraie arnaque, imposant désormais l'idée que les programmes valent plus que les hommes... Mais aujourd'hui en dépit d'une "Déclaration de Principes" (3) adoptée en avril par consensus, pas moins de six motions ont été présentées au vote ! Comme chez les Atrée, les conflits se transmettent de génération en génération ; les "cocus" d'Epinay sont les pères ou les frères de ceux de Reims !

Alors Ségolène Aubry ou Martine Royal ? La dame de cœur ou la dame de pique ? Qu'elles prétendent se tendre la main, elles sont condamnées à s'écharper. Et l'espoir des "petits lendemains qui chantent" est plombé pour longtemps..., à moins qu'un messie, François de Tulle par exemple -tel un Lionel de Ré naguère- ne revienne en 2012, revigoré par quelques années d'oubli ...

Le bon peuple de gauche pourrait-il y croire ? Trop tard ! il a déserté, tandis que l'on entend déjà s'aiguiser d'autres couteaux. Michèle Cotta ou ses collègues auront encore de beaux épisodes à nous conter.

Zarafouchtra

(1) : film de Serge Gainsbourg -1976. Titre repris par Maria de Medeiros en 2007.
(2) : film de Jeanne Labrune -1998.
(3) : "Déclaration de Principes" - 21 avril 2008
Clichés : d'après Ouest-France - 24.11.08



vendredi 4 juillet 2008

Encore des sophistes aujourd'hui ?

Qui étaient les sophistes que dénonçaient Socrate en son temps ? Sans doute des professeurs de rhétorique, des avocats, des beaux parleurs en tout genre, prêts à voiler la vérité du fond sous l'apparence de la forme. Bref des "communicants" bien peu différents de ceux d'aujourd'hui.
J'y pensais, en écoutant sur France 3 récemment le Président... A la veille de sa prise de fonctions au sommet de l'Union Européenne, il faisait le point sur ses projets et dossiers en cours. A propos des travailleurs sans papiers, il maintint ferme l'orientation donnée à M. Hortefeux, son ministre : il fallait bien expulser les personnes en situation irrégulière car "la France, selon la célèbre formule de Michel Rocard, ne pouvait accueillir toute la misère du monde" ! Voilà l'argument définitif : comment pourrait-on lui reprocher une politique, appliquée en son temps, par la gauche humaniste ?
Pauvre Michel Rocard, naguère si populaire dans l'opinion, riche dans ses analyses, pertinent dans sa gouvernance malgré les croche-patte que lui firent allègrement ses compagnons ! Pauvre Michel Rocard, dont la longue carrière -maire, député, premier ministre, sénateur, député européen encore à ce jour- se trouve communément résumée par deux formules simplistes : "le parler vrai" et "la misère du monde" !
Paradoxe incroyable : la seconde formule est toujours utilisée pour démentir la première : car le propos exact (1) est celui-ci : "La France ne peut accueillir toute la misère du monde, mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part."
C'est donc exactement l'inverse de ce qu'en dit M. Sarkozy, en dépit de tous les démentis que Rocard ou ses amis ont rédigés depuis près de 20 ans pour rétablir le "parler vrai". Propos habilement détourné donc au profit d'une politique sécuritaire, faisant des étrangers -qu'ils travaillent ou non, qu'ils paient des impôts ou non- la source des malheurs de la France : chômage, délinquance, déficits sociaux ; politique plus conforme aux souhaits des extrêmes que des pratiques des socialistes ! Argument sophiste, prenant sans vergogne le contre-pied de la vision originelle. Mauvaise foi évidente, inélégance indigne.
Notre pays qui revendique depuis Descartes la rigueur des mots pour désigner les choses, notre pays n'est plus ce qu'il était. La cause ? A coup sûr "Mai 68" ... Haro ! Il a raison le Président : "liquidons 68", à l'image des Grecs, au bord de la banqueroute et exténués par leur guerre contre Sparte, qui voulurent sauver leur pays en "suicidant" Socrate. Moralité ? plus de Socrate, partant plus de sophisme.
Zarafouchtra


(1) Propos tenu en 1989, devant des militants de la Cimade, par Michel Rocard alors premier ministre.

Référence : "La part de la France" - "point de vue" de Michel Rocard, publié dans Le Monde du samedi 24.08.1996.



lundi 30 juin 2008

Oh la la que de convictions !

Il n'est pas de jour où l'on n'entende un journaliste ou un animateur de radio-TV louer les gens de convictions. Pas une biographie, pas une nécrologie qui fasse l'économie de l'expression : "voilà un homme de convictions". Et d'ailleurs bien plus rarement "une femme de convictions" !
Convictions ? Que de bêtises dites en ton nom ... Certes c'est plutôt bien d'avoir des convictions. Pourquoi un maire, un député, un président, s'il n'avait de convictions, serait-il élu ?
Le reproche n'est pas là. Il réside dans la tendance de plus en plus habituelle à ne pas oser dire, nommer et juger les choses. Et alors, à mettre tout dans le même sac : Sarko, Royal, Besancenot, Le Pen, Thibault ou Chérèque, Bayrou et quelques autres ! Que je sache : s'ils ont tous des convictions, ils n'affichent pas les mêmes. Mais c'est tellement simple de célébrer leurs convictions, que cela évite de réfléchir aux valeurs qui les distinguent. Voilà une forme exemplaire du "politiquement correct" servi, chaque semaine, chez Drucker, Cauet, ou autres bateleurs. Mais alors, des convictions pour quoi ? A ne pas mentionner la finalité, à ne pas juger sur le fond, on s'interdit de penser.
C'est comme dans les émissions, les spectacles ou les matchs de foot : "Oh la la que d'émotions !" On s'interdit d'analyser et différencier les sentiments. Et voilà ce mot-valise qui vient tout remplacer ; comme si tout était semblable : la tristesse, la joie, la colère, l'enthousiasme, l'ironie, la mélancolie, et tant d'autres ressentis.
"Ne sentez-vous pas toute cette émotion, mon cher Jean-Mimi ?
Tout à fait Thierry. C'est bien le fond de mes convictions" !
Zarafouchtra