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mardi 1 décembre 2020

Ouf ! le Cinéma revient... 1, 2, 3, ACTION !

     

L'année 2020 avait bien commencé. La programmation était bonne et la fréquentation régulière.

Vint le 15 mars où le Cinéma les Halles dut  projeter le film Confinement avec ses affiches immuables et sa bande-annonce tournant à vide. S'ouvrit alors une grande parenthèse, une traversée du tunnel qui n'avait pas d'issue...

Il fallut attendre le 20 juillet pour que le Cinéma les Halles ouvrit à nouveau ses portes. En dépit des promotions ou des publicités, le public resta vigilant. L'envie était bien là, mais la prudence s'imposait. Porter le masque, suivre les filières pour ne pas se croiser, toucher le moins de choses possibles, c'était une culture qui semblait étrange à chacun. 

Puis de semaine en semaine, grâce aux animations, à la qualité des films et au besoin de rire, de sourire avec d'autres, on commença à oublier le vilain corona. Les vacances passées, l'esprit de liberté et  l'insouciance retrouvés, le public revenait avec plaisir pour La bonne épouse, La Daronne ou encore Antoinette dans les Cévennes.

On s'était tout juste remis du premier épisode que l'on comprit qu'il ne s'agissait pas du film de l'année, mais d'une série. Le Confinement, saison 2 débutait fin octobre...

Consternation, dépit, découragement. Quoi encore ? Comment survivre aux nouvelles contraintes ? A nouveau, il fallut s'activer : chômage partiel, dossiers de demande d'aide et tutti quanti ! Et jusqu'à quand? Quelques semaines avait laissé entendre le Président...

Chacun y mit du sien, les contacts diminuèrent, le nombre de malade baissait. Voilà la sortie toute proche. Le film était noir et crypté, il revient en clair et en lumière. Ouf ! il était temps pour les enfants qui attendaient la programmation de fin d'année, pour les adultes qui souffraient de trop d'enfermement .

Quand on est privés de nos petits bonheurs habituels, on prend soudain la mesure de leur valeur. Le cinéma est comme une pastille, un petit bonbon sucré qu'on suce lentement. On peut s'en passer certes, mais pas trop longtemps, sinon l'odeur s'estompe et l'amertume s'installe.

Bref, le Cinéma les Halles rouvre. Le 16 décembre, tout sera prêt pour accueillir  les spectateurs en manque d'images et de sons de qualité. Du cinéma, du vrai, sur grand écran, pas du streaming à voir sur tablette ou téléphone.

Les mesures sanitaires prises assurent la sécurité et la sérénité de tous.  

Alors, pensons CINEMA ! Pensons-y fort !

Voir la programmation de la semaine sur  le site : Cinéma les Halles

lundi 30 novembre 2020

Subversion des valeurs

C'était en août 2012... une éternité !

Je venais d'écrire le dernier article  de ce blog -après un an et demi de procrastination- et m'interrogeais sur le bien-fondé de poursuivre.

Etre ou avoir, disais-je ?

Etre dans la pression de l'immédiat et la nécessité d'écrire pour donner à lire à quelques habitués, pour me faire plaisir à enfiler des mots comme des perles sur un collier ou plus prosaïquement me sentir exister ?

Avoir le temps pour moi, prendre le temps de prendre mon temps, comme disait Philippe Noiret dans Alexandre le Bienheureux, sorte de méditation philosophique plaisante de Yves Robert.

Pendant ces huit ans de silence, il y eut pourtant d'innombrables événements divers susceptibles de m'inspirer, des livres, des films, des analyses et commentaires en tout genre, qu'il eût suffi de laisser libre cours au hasard pour qu'l m'imposât sa nécessité. 

Sans doute ne saurez-vous jamais pourquoi je n'ai pas poursuivi cette relation, ni pour quoi je relance la parution aujourd'hui. A défaut d'énoncer les raisons -comme le temps que je consacrais à la gestion du Cinéma les Halles- je peux au moins avancer un prétexte : l'envie de faire connaître quelques réactions à des articles ou situations qui m'ont vivement hérissé le poil.

Le dernier en date fut publié sans que je le veuille délibérément. Je l'ai écrit dans l'impulsion du moment, sans autre intention que de me soulager de certaines humeurs et sans illusion. Je l'ai transmis à mon fils qui s'est empressé de le poster sur Facebook. Il m'est alors parvenu quelques réactions positives, inattendues, qui m'invitent à le proposer.

Qu'en est-il ? Une lettre d'humour et de réflexion à la foisadressée au journal l’Équipe, le 26 novembre 2020, sous le titre  SUBVERSION DES VALEURS.

"Bonjour l'ÉQUIPE,

Hier, mercredi 25, jour de la sainte Catherine, je quittais mon domicile aux alentours de midi. Un flash radio m'apprit le soudain décès de Jacques Secrétin.
Maître Jacques ! Maître du ping-pong, ambassadeur d'une activité de loisir qu'il avait réussi à transformer en sport olympique. 

Pongiste modeste mais passionné, de quelques années son aîné, je fus bien vite attristé par cette nouvelle. J'avais suivi toute sa carrière avec intérêt et admiration.

L'ÉQUIPE de ce matin me permit de repenser à ce sportif hors pair, champion énorme, ambassadeur mondial du "ping", dans des salles combles et heureuses, lorsqu'il offrait le plaisir de son show avec Vincent Purkart ou quelques autres.

Il m'a suffi, feuilletant les pages, de relever les titres des articles écrits à sa mémoire, ainsi que quelques expressions installant définitivement son aura de Dieu mort certes mais encore vivant en nos cœurs. 

En vingt-trois pages, on célébrait mon héros, à la carrière irréprochable, avec 61 titres de champions de France, sans parler des titres européens et mondiaux. Douze fois en surtitre était annoncée sa disparition...  peut-être aurions-nous pu l'oublier ?

Une journée bien triste dit un champion, le meilleur de ma génération, dit un autre. Le monde dit au revoir à un génie éternel, ajoute le troisième, sans m'attarder sur bien d'autres déclarations rapportées ici ou là.

Plus qu'un joueur... une légende, un virtuose qui a su transformer le plomb en or ! Poursuivant les pages, tous ses amis en guise d'hommage faisaient profil bas : aucun d'entre nous n'a[vait sa] magie du jeu !

Je savourais mon plaisir. Enfin mon héros de jeunesse, mon modèle, était reconnu à sa juste mesure. Il avait fallu attendre ses 71 ans pour qu'on en parlât dignement.

Et de rappeler dans une page suivante qu' un pareil phénomène dans une équipe, c'est quasiment un don du ciel. Eh, oui ! Le tennis de table est un sport individuel qui se joue en équipe. Secrétin avait en effet gagné tant de titres en double en équipe de France ou en club faisant d'ailleurs de Levallois le premier club français à gagner une ligue européenne des clubs champions.

Pris dans le tourbillon des matches et des victoires, au milieu de toutes les qualités qu'on pouvait lui reconnaître, il n'avait fait preuve que d'une petite faiblesse, celle de défendre les couleurs d'une ville dont le premier soutien était un maire sulfureux sous bien des aspects mais supporter n°1 du tennis de table. Au regard d'une telle réussite, on pouvait lui pardonner.

Arrivé à la page dix-neuf, je trouvais enfin  le slogan susceptible de servir d'épitaphe :    À JAMAIS CULTE !

Mon cœur de pongiste était enfin réconcilié avec le sport. Oubliés les scandales, les salaires faramineux, les transferts au mépris des contrats signés, les polémiques sur le dopage, les coups de "com" à longueur de presse et de réseaux sociaux. L'ÉQUIPE avait enfin rendu hommage à un Monsieur, à la hauteur de ses qualités humaines et sportives appréciées de tous.

Puis se poursuivaient, au-delà, toute l'actualité, anticipant, relatant, analysant les rencontres du jour comme pour donner encore plus de relief et de valeur à ce sport qu'on aurait pu croire en péril avec l'annonce de la mort du Héros.

ERREUR ! ERREUR majuscule ! Big BUG ! Quel sot suis-je donc ! 

Arrivé deux pages avant la fin, j'ai compris ma monstrueuse bourde en reconnaissant la photo de MON héros, sous le titre DISPARITION de Jacques SECRÉTIN.


Deux pages et quelques photos seulement pour illustrer 60 ans de pratique sportive au plus haut niveau, de défense et illustration d'un sport sans scandale, sans médiatisation, sans intérêt pour la presse, les publicitaires, les financiers et les émirats. Un sport toujours contenu dans les coins de page, dans les minuscules brèves ! L'exemplarité ne fait pas vendre.

MARADONA avait eu la même idée de mourir ce même jour ! 

L'ÉQUIPE de ce 26 novembre illustre parfaitement ce traitement habituel de l'information. Les pages feuilletées avec ravissement -mais erreur- célébraient les mérites du footballeur argentin, le sport roi, le sport fric, le sport number one, renvoyant "notre" Jacques aux quasi oubliettes, le reléguant au fin fond du journal et de l'info. Certes on faisait le minimum syndical pour en dire l'admiration. Pour un producteur de presse, il n'y a pas de mauvais lecteurs, il n'y a pas de petits sports. La déontologie se trouvait ainsi sauve, en confinant le pongiste en dernières pages, submergé par le tsunami du foot et de ses idoles...

Loin de moi l'idée d'ôter à Maradona ses mérites, ses talents. Il était un champion, un très grand champion certes. Un Dieu ? Peut-être  faudrait-il  raison garder.                                 

Quel renversement de valeurs, quelle perte de sens ! Un sportif exemplaire et virtuose écrasé par le talent d'un autre génie du foot et du scandale. 

Pourrions-nous imaginer 23 pages de célébration de Jacques contre 2 pour Diego ? Et pourtant, serait-ce incongru ?

"Oh ! le foot, le foot, le foot, disait avec justesse Guy BEDOS. On est foutu !"

P.S. 
Je ne refuserais pas que vous reproduisiez ma lettre. Serait-elle une amorce de réflexion en conférence de rédaction sur les vraies valeurs ? 
Nietzsche promouvait la transmutation des valeurs. Ne serait-il pas bon de commencer dans le monde du sport ? Et L'ÉQUIPE pourrait en être le fer de lance. 
Inutile de me répondre. Je pourrais moi-même rédiger votre plaidoyer. Je suis  abonné depuis plusieurs années, lecteur régulier de L'ÉQUIPE depuis plus de 60 ans... et jadis, réprimandé par mes professeurs pour plus connaître vos articles que mes leçons !"

                                    

jeudi 2 août 2012

Avoir ou être ?

Quand je constate que le précédent message a été rédigé il y a un an et demi, je me demande   pourquoi je maintiens la publication de ce blog.

A-t-il encore quelque sens ?
A-t-il joué son rôle ?
A-t-il comblé un manque ?
A-t-il occupé le temps, au temps où j'avais le temps ?

Faut-il pour répondre faire appel à Freud et sa lignée ou à Aristote, Kant et Bergson ?
Avoir le temps comme on a un objet, un outil, un cadeau ?
Avoir le temps ou être retraité ?

A vous de choisir ...

Quand j'aurai un brin de réponse satisfaisante, peut-être poursuivrai-je ce blog.

A bientôt donc.



vendredi 4 février 2011

Escapade à Paris

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L'exposition de Claude Monet battait son plein au Grand Palais (1) en ces premiers jours de l'année. Elle nous aurait ravis évidemment mais Paris a cet avantage sur bien des villes de culture de France : une exposition en cache toujours une ou plusieurs autres !  
Derrière Monet se cachait bien d'autres artistes. Il nous suffit d'aller du côté du Marais.

Affichage expo. ARMAN (façade Beaubourg)
Comme à l'accoutumée, au Centre Pompidou de  Beaubourg régnait une effervescence sereine. MONDRIAN était à l'honneur, les informations l'avait largement rapporté ; les visiteurs se pressaient, avides de couleurs franches et vives dans la grisaille du mois de janvier. 
A un autre étage, plus discret mais plein d'idées et de ressources, ARMAN s'exposait dans la continuité et la diversité de ses œuvres. Voilà un artiste qui semble familier, pour avoir vu quelques uns de ces célèbres amas d'objets. Mais où ? Lesquels ?  Ma mémoire se fait plus floue hormis la sculpture, grande et belle accumulation de fourchettes ["Les Gourmandes" - 1992 - photo ci-dessous] qui marque le rond-point  entre la gare et le restaurant Troisgros, à Roanne. Je l'ai vue pendant des années -sans toujours la regarder-, chaque matin avant de franchir le portail du lycée.
"Les gourmandes" - sculpture à ROANNE
Deux belles heures de visite pour entrer en concordance avec cet artiste, à travers ses influences notamment du côté de Pollock à ses débuts de peintre. La série d'œuvres-poubelles, construites plus tard à partir de détritus et de reliefs divers, manifeste un champ entier de sa recherche formelle, théorique. Sorte de psychanalyse des contemporains, autorisant des "portraits-robots" à travers leurs déchets autopsiés.  Ce n'est pas ce qui touche le plus mais la radicalité de l'expérience éclaire l'histoire de l'art du XXe siècle. Elle soulève plus la question du sens que celle du sentiment.
Les agglomérats de pièces industrielles, de carcasses ou de portières automobiles sont un autre témoignage du temps récemment passé. Mais l'émotion la plus forte émane des œuvres nées de la relation du cubisme et des objets où les coupes, les colères, les gestes spontanés -ou savamment recherchés- produisent des métamorphoses, des harmonies inattendues. Et les instruments de musique souvent utilisés ne sont pas étrangers à ces harmonies qui tintent aux oreilles du visiteur... Cette vidéo de présentation en donne une idée, certes trop furtive, mais réellement apéritive.
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Bien sûr, la présentation des œuvres de Piet MONDRIAN, replacées dans le contexte  "De Stijl" (2) ne laisse pas indifférent. Au contraire. Presque trop familiers de certaines compositions dont la publicité s'est parfois inspirée, il nous arrive de passer à côté sans nous laisser surprendre. Là l'exposition nous replace dans la confrontation ; le contact avec les couleurs franches, vives, avec les lignes pures et brutales nous provoque inévitablement. C'est alors que les à-plats prennent toute leur force, les symétries attendues ou les dissymétries-surprise éclairent les choses et le monde dans leur dimension essentialiste. Faut-il énoncer pour autant que l'essence précède l'existence ? D'une certaine manière ce ne serait pas faux mais sans pour autant renvoyer à la vision éternelle, ontologique du monde platonicien ou religieux de notre civilisation judéo-chrétienne. Richesse de l'art pour dire le nouveau sans repasser les plats de l'histoire.

Affichage expo. MONDRIAN (façade Beaubourg)
Un détour ensuite par l'exposition sur Nancy SPERO, artiste figurative et expressive américaine, morte en 2009 et qui a marqué l'histoire du féminisme par son engagement social et artistique. Quelques œuvres sont parlantes, par la vigueur, la violence, la liberté qu'y met l'artiste. Les vidéos présentées parallèlement apportent un éclairage utile, pour qui n'est pas spécialiste.

Juste avant de quitter la belle et riche "raffinerie de l'art"" (3), un petit coup d'oeil dans la galerie des  œuvres d'art moderne et contemporain. Plaisir du contact avec les Kandinski, Delaunay, De Staël, Matisse et bien d'autres, vus tant de fois mais qui renouvellent l'émotion à chaque visite. Sans oublier de retraverser quelques salles des "Femmes artistes" que nous avions vues l'an dernier et qui nous avaient laissé un agréable souvenir.

Et puis la belle exposition des Basquiat au musée d'art moderne de la ville de Paris. Mais ce sera pour un autre jour ...
A suivre donc.

(1) Elle vient de se clore, après avoir accueilli 930 000 spectateurs. Lors de notre passage, trop de froid, trop de vent du nord et trop d'attente : nous ne voulions pas finir la soirée plus figés et plus violacés que les belles nymphéas du jardin de Giverny !
(2) Mouvement artistique hollandais né en 1917, inspiré des coutants spiritualiste et théosophique, porteur d'un nouveau langage remplaçant sujets et perspectives par des jeux de lignes et de couleurs primaires, pour créer une nouvelle mise en forme dite "néoplasticisme". 
(3) Selon le nom donné par les détracteurs du Centre Beaubourg, quand dans les années 1970, les projets présentés partagèrent la France en deux parties, aussi irréductibles que le furent les supporters des anciens et des modernes lors de la célèbre querelle du XIXe s.

mercredi 19 janvier 2011

Rêves de bonheur sans nuage ...

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Le cinéma les Halles organise chaque mois une journée particulière, autour de deux films : l'un projeté le matin, l'autre l'après-midi, avec présentation succincte et, à l'issue, petit débat sans prétention. Un déjeuner est même proposé aux volontaires dans un restaurant charliendin. Moment de détente et d'échange que des cinéphiles apprécient particulièrement. Et puis au-delà des films, nul ne se prive de parler de littérature, d'expositions, que sais-je encore ? Bref des petits bonheurs mensuels comme les petits bonbons dont j'avais parlé l'an dernier ("Je reprendrais bien une petite pastille.")

"Au Bonheur des Halles" ! C'est le nom désormais bien installé, qui est donné à ces journées-projection !
La dernière avait bien mérité cette appellation, tant les participants surent montrer et dire leur satisfaction.

Le programme était alléchant. Le matin, ce fut "Le grand amour", petit chef-d'œuvre de Pierre ETAIX sorti en 1969 et assez vite disparu des salles pour de sombres raisons de droits d'auteurs cédés, plus ou moins frauduleusement (1). L'humour, la causticité d'Etaix font merveille pour décrire ou dénoncer les beaux-parents petits-bourgeois dont notre héros Etaix -sorte de clown éthéré- ne voudrait pas tant son épouse est sous leur emprise, mais dont il se satisfait parfaitement. Monde de fantaisie, de gags, de séquences poétiques qui s'enchaînent, telle l'escapade rêvée des lits au milieu des champs permettant de revisiter des situations que nos routes modernes connaissent tous les jours, mais transposé dans le passé délicieux des années 50. Monde désuet aussitôt contesté à la sortie du film par son décalage avec la réalité de l'après 68, mais qui ne manque pas de charme aujourd'hui pour ceux qui l'ont connu, parce que décalé précisément.

Gagman de Jacques Tati pendant un temps, ETAIX -photo ci-contre- s'en est affranchi pour créer une œuvre personnelle qui vaut bien celle de son illustre prédécesseur. Certains disent même qu'elle la dépasse. Mais peut-on rappeler que notre Pierrot lunaire est roannais d'origine ? peut-être ici ne serions-nous pas pleinement objectifs.

Notre second plaisir fut de suivre les pas de Pina BAUSCH, par le truchement du film de Anne Linsel et Rainer Hoffman, "Les rêves dansants, ...". Film document merveilleux où transparaissent, chez des adolescents non formés à la danse, finesse et force, grâce naturelle sous le masque du travail acharné, spontanéité de soi et maîtrise du geste, insouciance apparente et profondeur des sentiments. Avec en plus, une impression de communion partagée entre les spectateurs, lorsque s'alluma la salle pour amorcer le débat. Les sourires étaient épanouis comme les jeunes que l'on venait de rencontrer ; la parole en fut d'autant plus libre et déliée.

La presse avait salué ce film. "Poignant et magnifique" avaient dit Les Inrockuptibles ; "un film salutaire qu'il faut voir mais encore largement montrer" notait pour sa part Positif.

Mais c'est parmi les spectateurs d'Allo-Ciné que l'on trouvait de fines analyses et de vibrantes réactions.
"Une merveille ! dit l'un. Je n'ai pas de mots pour décrire mon émotion, la joie que j'ai eue de voir ces adolescents danser, mais aussi aimer, pleurer, rire, se toucher...Pina Bausch était une vraie grande Dame [...]".
"Drôle, émouvant, touchant, tendre, créatif, génial", dit une autre [...]".



Un article récent paru dans "Le Monde de l'éducation" (2) me permet de faire l'économie d'une autre analyse, tant je la partage. Sous la plume de la psychanalyste, Claude Halmos, ces lignes intitulées "Faisons un rêve" illustrent son propos sur l'échec scolaire :

"L'aventure que raconte ce film est né d'un désir : celui de la chorégraphe allemande Pina Bausch de monter, avec des adolescents, l'un de ses ballets. Des adolescents qui ne se sont jusque-là jamais intéressés à la danse et déclarent même ignorer qui est Pina Bausch. Débuts a priori assez peu prometteurs.
S'ensuit pourtant une bouleversante expérience de transmission. Du ballet (de sa chorégraphie et de ses personnages, d'une complexité et d'une difficulté inouïes) que leur font travailler deux danseuses de la troupe. Mais surtout au-delà du ballet, de valeurs essentielles : celles du travail, du respect d'une œuvre et de son auteur, du respect de la culture de l'autre. Avec, au bout de la transmission, la naissance chez ces jeunes d'une capacité à s'astreindre à un travail difficile et ingrat pour parvenir à danser. Et, parallèlement, celle d'un nouveau rapport à eux-mêmes : on les voit parler, pour la première fois, de leurs vies.
L'expérience est sans concessions : tous, ils le savent, ne seront pas choisis. Mais sans jamais aucune humiliation. Portée par un extraordinaire amour des deux enseignantes pour ce que sont ces adolescents, pour leur jeunesse, pour la transmission.
On sort bouleversé mais heureux. Avec un rêve : que tous ceux qui président aux destinées de l'éducation nationale s'en inspirent."

Avec l'équipe du cinéma les Halles, nous avions connu ces mêmes sentiments après avoir vu ce film en avant-première. Aussitôt nous avions lancé, auprès d'enseignants et d'établissements scolaires, l'invitation à ne pas manquer la projection. Nous avions alerté également des écoles de danse. Quelques jeunes filles, alléchées par l'affiche eurent la chance de voir le film avant leurs amies danseuses. A leur retour, en un bref raccourci, leurs propos nous furent rapportés : "Cela ne vaut rien, ce n’est pas de la danse ! C'est pas un film mais un court-métrage et ... en plus c’est en allemand. C’est une vraie bouse !"

Désespérant ! "Il n'est point de bonheur sans nuage", dit le proverbe. Certes, en matière d'art il n'y a pas d'absolu, mais je redoute le relativisme généralisé. A travers ce film, ce n'est pas la danse qui est jugée ; pas de jugement esthétique, mais une démarche d'éducation. Il y est question de réalisation de soi, de processus pédagogique pour offrir aux jeunes une meilleure connaissance de leur corps, de leur cœur ; pour leur proposer du sens. Bref, comme dirait Kant, il s'agit de "perfectibilité de l'homme".

Les petits bonheurs des uns sont les malheurs des autres. Le grand amour de Pierre Etaix n'en était finalement qu'un petit ! Seul, dans les rêves (dansants ou non), le bonheur peut-être sans nuage.

Ainsi va le monde ...

(1) Les tribunaux ont tranché les différends ; ils ont rendu à Pierre Etaix et Jean-Claude Carrière scénariste les droits dont ils avaient été spoliés. L'ensemble de l'œuvre de Pierre ETAIX vient de ressortir en salles, après restauration des films, et en coffret DVD.
(2) Le Monde de l'Education du 12 janvier 2011.

mercredi 12 janvier 2011

Un cercle pour ne pas tourner en rond

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En 2007-08, j'avais souhaité la création d'un cercle de passionnés, comme lieu de paroles où l'art serait la nourriture essentielle, mais aussi le social voire le politique. Littérature, cinéma, expositions, théâtre, musique, tout pourrait servir à l'énoncé du plaisir, de la découverte et du partage. Controverses, mouvements sociaux, décisions des pouvoirs, dossiers de magazines, voilà de quoi alimenter des débats amicaux. Sans négliger l'agrément des rencontres et la convivialité, au sens étymologique du mot.

Ce blog avait même été pensé pour devenir le support de ces rencontres qui auraient raconté nos émerveillements ou nos indignations. Dès ses premières pages, il a servi à énoncer ce projet et les règles qui pourraient le faire exister et durer.

Plusieurs amis m'avaient soutenu, encouragé même, mais personne ne s'engagea précisément derrière l'initiative, qui ne vit pas le jour. C'est en parlant, il y a quelques mois, de cette idée sans lendemain, que je trouvai quelques personnes qui vivaient une expérience semblable. Elles avaient créé en 2008 un Cercle de lecture ; un couple d'amis avait servi de base, d'autres s'étaient rassemblés : une dizaine de personnes désormais -toutes du Charluais-Brionnais- se réunissaient régulièrement -à la fréquence mensuelle- pour discuter d'un livre choisi à l'avance et partagé par tous.

Certes la cible des sujets était moins élargie que celle que j'avais pu imaginer mais elle conduisait à la même démarche de rencontres et de débats, de rencontres pour débattre. Reprenant la même idée : chacun reçoit à son tour, le repas, préparé par la contribution de tous, sert de préambule, de mise en forme avant la discussion.

Quelques mois plus tard, au gré d'inattendues défections, nous avons été sollicités pour rejoindre le groupe. Ce fut avec plaisir, presque empressement que nous avons fait connaissance des habituels convives, gourmands de romans ou d'essais et gourmets de commentaires acidulés parfois, pimentés souvent.

La reprise d'octobre a permis de définir le menu que l'on se servirait au cours de l'année. Chacun apporta quelques 2 ou 3 suggestions de lectures ; il était possible de faire son marché parmi l'actualité littéraire, les reprises d'ouvrages, les auteurs méconnus ou au contraire célèbres. Le programme démocratiquement retenu fit apparaître un ensemble hétéroclite mais divers et riche de futurs échanges. C'est ainsi qu'on s'est aussitôt plongés dans des lectures auxquelles le Cercle laissait espérer une saveur renouvelée.








Le prix du livre Inter de 2008, de Henri BAUCHAUD -Le boulevard périphérique- fut choisi pour premier objet de joutes en novembre. Peut-être un jour, ferai-je la narration du combat, pardon du débat, qui ne fut pas totalement à fleurets mouchetés. Ni vainqueurs, ni vaincus certes, mais la satisfaction d'avoir ferraillé pour analyser l'essentiel du parfum enfoui et apprécier au-delà du "degré zéro de l'écriture" simplement "le bruissement de la langue" et "le plaisir du texte", selon les bons écrits du regretté Roland Barthes.


Depuis, une autre séance eut lieu en décembre. Cercle de qualité et non cercle vicieux. Ce fut pour débattre de plein de choses, insignifiantes et essentielles à la fois, celles qui font exister les êtres, qui construisent ou défont des couples, des vies, bref "les choses" de la vie qu'a su nous léguer, sans nous encombrer, le brillant esprit de Georges PEREC. (Prix Renaudot 1965)

Alors ? Bientôt le prochain Cercle ?

mardi 11 janvier 2011

Résolution, quand tu nous tiens (ou pas).


Certains prennent des résolutions lors de la nouvelle année : faire du sport, lire des romans, se détourner des pubs et de la télé, reprendre le régime maintes fois abandonné, arrêter de fumer, etc.

L'intention est louable, l'effet incertain, tant il est difficile de s'y tenir !

Continuer la chronique de Girophare relève de ce genre de résolution. Alors, "tu veux ou tu veux pas" ?

Un billet, un commentaire ou tout autre texte régulier exigent de prendre le temps de la réflexion, de la rédaction et de la mise en forme. Prendre du temps tout court. Or je ne me résous pas à publier même un petit bout de page, s'il n'est passé par le filtre de ces trois phases dûment soignées, affinées. Il faudrait savoir écrire vite, faire confiance au premier jet...

Pire, je ne me résous guère aux petits bouts de page ! Il y a toujours des débordements, des développements, où tout semble toujours indispensable. Et pourtant quand il m'arrive, parfois plusieurs mois plus tard, de relire un passage, je conviens aisément que j'aurais pu jouer des ciseaux.



Rappel de moments précieux dans l'année 2010

Alors reprendre ce blog régulièrement, avec des pages plus courtes pour plus d'intensité ? Ce serait une belle résolution mais qui risque de connaître le sort de bien d'autres plus fermes ou plus nobles passées aux oubliettes. Je connais même quelqu'un qui en janvier 2010 s'était résolu à poursuivre l'écriture de son blog !

Pourtant, en revoyant les derniers mois écoulés sans le moindre petit compte-rendu ou regard critique, sans le moindre billet d'humeur, je me dis que je suis passé à côté de bien des choses qui auraient pu être relevées.

Bis repetita placent !

Comme l'an dernier, je pourrais citer, en vrac, les accidents, catastrophes du monde et de Haïti, les tempêtes, inondations et autres intempéries ; les crises financières de quelques grands pays et les mesures de rigueur drastiques imposées aux petites gens ; la ribambelle de manifestations contre une nécessaire mais injuste réforme des retraites ; le feuilleton Bettencourt, Woerth ; les disparitions de Jean Ferrat, de Claude Levi-Strauss, de Jacqueline de Romilly même, ou seulement les petites choses insignifiantes qui ont émaillé la vie 2010 sans s'afficher à la Une des médias...

Pour m'en tenir à mon itinéraire personnel, bien d'autres choses auraient pu alimenter la chronique : le festival de Cannes, les vacances sportives à l'île de Ré ou la croisière en Égypte, avec pyramides, sphinx, temples, tombeaux ou plus prosaïquement la pollution dans les embouteillages majuscules du Caire.

Peut-être aurais-je su écrire des commentaires intelligents, voire savants, qui auraient pu intéresser les "happy few", lecteurs habituels du blog ? Peut-être, mais aurais-je su, en plus, donner à ces lignes un peu d'intérêt, trouver le regard singulier qui les mette en valeur, trouver la chute qui par l'effet de surprise aurait ajouté du piment !

Quelle chute ?

Par facétie et détournement des mots, je peux raconter celle que j'ai connue sur une minuscule plaque de verglas. C'était la dernière sortie vélo de l'année. Je venais de quitter les copains après une petite rando de 65 km environ. Seul, à l'abri du regard des autres, je pouvais opérer... : le dévers du rond-point de la rue Dorian m'attendait. Bien qu'il ne gelât pas en cette fin d'après-midi, un courant d'air avait dû sévir. Je me suis retrouvé par terre sans coup férir. Le temps de me relever et de reprendre souffle, une jeune fille à scooter dérapait au même endroit et glissait jusqu'à finir sa course contre le trottoir extérieur. Ce n'était pas de l'inattention, à cet endroit le macadam était brillant, parfaitement lustré. Deux ou trois ecchymoses sans gravité. Un peu cassé néanmoins, je pus repartir, rentrer au bercail et ainsi boucler le périple 2010. Seul le compteur avait marqué le coup, il refusait désormais d'avancer et affichait définitivement le compte de l'année : 5 168 km.

L'équilibre avait été rompu, mais la limite des 5 000 bornes était dépassée ! Enfin une résolution ancienne était tenue ! "En progrès par rapport aux années précédentes, mais peut mieux faire" dirait-on du côté de l'Éducation Nationale ! Ce sera ma nouvelle résolution pour 2011.

Pourrais-je la tenir, sans m'arrêter en chemin ? Chut ou chute ? Détournement de maux !

lundi 8 février 2010

Je reprendrais bien une pastille !

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Certes je ne suis pas très gravement atteint, mais je me soigne avec toute la régularité que me recommande mon médecin préféré.

La prescription est modeste, accessible, efficace, agréable.

Une petite pastille chaque semaine, parfois deux, voire trois si l'urgence se fait trop pressante. Une sorte de ces petits bonbons apaisants, réconfortants, non pas tirés d'un tiroir de pharmacie, mais du bocal de friandises que les Cinémas offrent chaque semaine aux amateurs d'images sous dépendance.

Bien installé dans mon fauteuil, une bonne qualité de son à disposition, avec si possible quelques autres compagnons de fortune soumis à la même addiction : là j'ai plaisir à les consommer en salles obscures. Ils fondent lentement dans la bouche, produisant dans les circonvolutions cérébrales pendant près de deux heures, des effets euphorisants colorés de gaieté folle, d'angoisse trouble ou de joie sereine selon le contexte de la prise ; puis s'installe alors une douce félicité qui s'estompe progressivement jusqu'aux prochains rêves qui s'en nourrissent...

Bref, je prends désormais un petit cinéma comme d'autres prennent un carré de chocolat, une cigarette ou une pastille à la menthe, donnant le plaisir immédiat qui aide à vivre un peu mieux, un peu moins mal pendant quelques jours, avec la tête pleine de couleurs, de musiques et de sentiments partagés.

Pourquoi ne pas citer quelques unes des médications qui m'ont laissé récemment le souvenir épanoui ?

Emotions fortes en dégustant Le concert de Radu Mihaileanu ; dragée pimentée au poivre dans les scènes à l'humour décalé de la troupe de musiciens plus Pieds nickelés que vrais artistes du Bolchoï ! Dragée sucrée ensuite, quand s'opère la convergence entre le concerto de violon de Tchaikovski, l'identité retrouvée de la brillante soliste et la résurrection des musiciens juifs, écrasés jadis par la dictature politique soviétique. Peut-être un peu trop doucereuse au point d'orgue final, mais faut-il se plaindre de trop de sucre ?

Pastille Valda, piquante et tenace, grave par l'Histoire et Mussolini que raconte Marco Bellochio dans Vincere ; folle dans le sort réservé à cette première épouse abandonnée, internée, niée dans son identité. Folle encore dans le mimétisme paranoïaque de Benito junior, délaissé, sans racines. Un vrai film de cinéaste, passé trop inaperçu dans le flot déferlant des sorties hebdomadaires qui méritera de revivre plus tard dans les circuits de cinéphiles.

Sucette à l'anis bien sûr pour la vie héroïque de Lucien Ginzburg, devenu au gré de ses rêves ou ses détresses, de ses réussites ou échecs, Serge Gainsbourg le poète, l'artiste, le musicien ou Gainsbarre l'amoureux transi et impudent, le provocateur insoumis et rebelle. Pas étroitement autobiographique, le film de Joann Sfar tente de dévoiler les traumatismes, les failles, les espoirs impossibles, les liaisons et les ruptures de cet artiste de génie à la personnalité écartelée. Conflit bipolaire ? en tout cas décalage entre soi et soi, entre un petit garçon malicieux, timoré mais ambitieux et un double, artiste laid et bo-beau à la fois, provocateur impénitent, "tête de chou" avide d'amours passionnées. Dichotomie sensible jusqu'au cœur de la musique, jusqu'à la polysémie des mots, sans doute gage d'immortalité. "Sucre d'orge parfumé à l'anis"... [on] est au paradis" (1).

J'aurais pu rappeler longuement le goût de papillote savourée à la projection de Whatever works, le dernier Woody Allen. La papillote, c'est d'abord le plaisir du papier doré que vous dépliez avec précaution, puis le désir imaginé, enfin la dégustation jubilatoire à chaque réplique inattendue et dévastatrice.

J'aurais pu encore parler du chewing gum à la réglisse, noir comme le charbon des mines de Pennsylvanie, arraché à la vie tragique des hommes et des enfants du 19e siècle, dans le "The Molly Macguires" de Martin Ritt. Plaisir amer, qui colle aux dents comme la poussière, dans ce Germinal américain où la solidarité des humains vient s'écraser contre le mur de la traîtrise et de la délation. Film oublié naguère, resurgi récemment pour nous conter la misère prolétaire dans une sorte de western social où "l'estime de soi, le respect de l'autre et l'insoumission à l'oppression" (2) sont les ressorts de ces combattants laissés dans l'ombre. Réglisse âpre au palais, gomme roborative pour l'estomac.

J'aurais pu évoquer bien d'autres petits caramels, Mais c'est le plus récent berlingot avalé qui me laisse la meilleure sensation de velours. Peut-être la plus durable. Je l'avais déjà sucé au Festival de Cannes et perçu le délice, sans pour autant l'avoir goûté jusqu'au bout de la dernière réplique fantaisiste, pour raison de fatigue. Berlingot multicolore, acidulé à souhait, moelleux au cœur, mielleux à chaque clignement des yeux de Sabine Azéma, suave à la plus brève réplique d'André Dussolier, comme dans tant de films d'Alain Resnais. Les herbes folles poussent où bon leur semble, abandonnant leur saveur à chaque coin de rue, chaque temps de vie. Herbes aromatiques provoquant dans les esprits des rêves interdits. Et d'ailleurs cet homme à la psyché fragile rencontre-t-il vraiment cette femme hors d'atteinte ? Le porte-feuille retrouvé n'est-il pas que prétexte à divagation ? Le berlingot diffuse en ma bouche des plaisirs différents au gré des couches colorées qui se succèdent en fondant...


"Bonbons, caramels, esquimaux,..." disait-on naguère à l'entracte des séances du dimanche.

Quoi déjà fini ? "Docteur, s'il vous plaît, ma prescription... je reprendrais bien une nouvelle pastille ! Et peut-être qu'un jour, je vous conterai d'autres douceurs sur ordonnance.

Zarafouchtra

(1) Extraits de la chanson "Les sucettes" (Serge Gainsbourg)
(2) L'Express.com

samedi 30 janvier 2010

Un p'tit bout de vie en rose

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Dans l'environnement morose que la crise nous propose, l'on nous sert chaque jour plus d'épines que de roses. De temps en temps, comme un éclair qui traverse la grisaille, un petit bout de vie en rose peut vous alléger le coeur et l'existence.

C'était vendredi dernier, dans un Scarabée doré (1), plein à craquer, où s'empressaient deux ou trois milliers de fans de musique et de poésie, pour écouter un poète d'aujourd'hui, partager ses fragiles mélodies et goûter ses rythmiques chaloupées.

Un poète de poésie, vous avez dit ? Oui mais pas un poète accrédité, pléiadisé ; plutôt un Villon, un Rutebeuf du temps présent, sa guitare derrière dans l'dos depuis plus de trente ans et presque encore adolescent. Pas de versification toujours autorisée, juste une prosodie gracieuse, une petite mélodie gracile, comme un bonbon sucrée et acidulé à la fois, qui ne perdrait rien de son charme ni de sa saveur.

Bidon et consternation ? Non. Ça fait bientôt cinquante ans qu'il a dix ans notre modeste poète. Mutin ... Alain ? Bidon... Souchon ? Admiration, sans prétention ... !

A quoi a-t-on succombé ? Pendant près de deux heures, il nous a susurré ses petites chansons et nous avons croqué dedans avec plaisir. Pastilles distillées avec parcimonie, pensées vertes ou rouges parfois, pastels souvent, éparpillées au rythme de ces musiciens racés. Vingt-six petits plaisirs, comme autant de lettres de son alphabet de sentiments. D'abord un petit a puis un petit b ; un petit tas tombé, petit tas de secrets qui s'enchaînent, comme on enfile des perles ; des mots d'eau qui ruissellent et des mots de forêt.

Mais si l'oreille retient aisément les sonorités variées, les rythmiques caraïbes ou latino, rock'n'll ou berceuses, que deviennent les paroles ?
Souvent oubliées, négligées ...

Un petit collage ne pourrait-il pas les faire renaître ? Alors j'ai tenté ce kaléidoscope en mettant dans mon chapeau pointu, -turlututu- ses mots délicats, ses couleurs demi-teintes, ses maux doux, ses épices mêlées d'un brin de tendresse, et puis j'ai longuement secoué jusqu'à ce que naisse cette salade fraîcheur agrémentée de ses piments.

Ce puzzle inédit, inouï, puisé dans une douzaine de chansons, je l'offre à qui veut le prendre, comme on jette des roses en hommage à l'artiste.

Au chanteur-rêveur, qui nous a généreusement fait rêver et même chanter, salut !

La vie un voyage pas long à faire
Montons au-dessus des villes…

Pour voir si les couleurs d'origine

Peuvent revenir.

Ça se voit dans mes yeux
Je prends la vie par le cœur

Et voilà mon bonheur

La vie ne vaut rien, rien, rien,
la vie ne vaut rien
Mais moi… je dis rien, rien, rien, 
rien ne vaut la vie
Marcher dans le désert
Marcher dans les pierres

Marcher des journées entières
Dans le parc, au point du jour


On dirait que le ciel est nerveux


Voyez le bonheur comme il passe

Allons voir ce qui le remplace
La vie sans l'amour et ses délices
C'est comme un avion sans hélice Inutile
L'amour, ça marche avec le cœur, avec le cœur
La vie, ça chante avec le cœur, avec le cœur

Le monde tourne avec le cœur
Avec le cœur, le gris se colore et danse

Oh la la la vie en rose
Le rose qu'on nous propose

Aïe, on nous fait croire
Que le bonheur c'est d'avoir


Écoutez ma chanson comme elle est jolie

On va se la couler douce
Écoutez, le secret de la mélodie

mais pouce !...
(2)

"la Souche" ...


Zarafouchtra


(1) Concert public de Alain SOUCHON - vendredi 22 janvier 2010 - salle du Scarabée - Roanne-Riorges
(2) tous les mots, toutes les expressions, notés en italiques -jaune ou rouille-, sont des extraits des chansons d'Alain SOUCHON, qu'il en soit l'auteur ou seulement l'interprète.

vendredi 3 avril 2009

En passant par Lyon


C'était il y a quinze jours ; une brève mais agréable escapade lyonnaise, pour le plaisir de revisiter des lieux, des senteurs, des amis, des souvenirs ... Retrouvailles avec les bords du Rhône que tant de lyonnais se plaisent à parcourir ; retrouvailles avec les quais de Saône où nous aimons flâner parmi les créateurs d'art le dimanche matin ; sans négliger les lieux plus fréquentés, plus bruyants et agités où les enseignes et les marques commerciales se télescopent.


Côté souvenirs, quel charme de retraverser le parc de la Tête d'or, un matin de fin d'hiver, avec un franc soleil bien qu'insuffisant pour faire oublier la fraîcheur de la bise. Alors, pour se réchauffer, il suffit d'aller voir et revoir les grandes serres, où s'épanouissent les camélias, les azalées, les cyclamens et bien d'autres fleurs aux vives couleurs. Jusqu'à la serre de Madagascar où les plantes tropicales s'égayent dans la moiteur du jour : cactus géants, aloés, euphorbes fleuries au milieu de tant d'autres feuilles zébrées que je ne sais plus nommer.

Et puis pour clore l'échappée, nous étions venus entendre un des chefs-d'oeuvre baroques de Haendel, en l'église de Vaise ; travaillé avec patience et rendu joliment par l'Ensemble Vocal de Bernadette, accompagné de l'orchestre des Indes Galantes : Israël en Egypte. Ce fut deux heures ravissantes. Un livret de l'histoire ancienne, un écho lourd dans l'histoire d'aujourd'hui.

Mais la nuit fut moins sereine ...

jeudi 19 mars 2009

Séraphine


Je n'avais pu voir la projection de ce film à sa sortie, j'attendais avec un plaisir impatient sa reprogrammation. Ce fut récemment, juste après la cérémonie des César qui l'a distingué avec bonheur.

Méritait-il l'honneur du meilleur costume ? du meilleur décor ? de la meilleure musique ? du meilleur scénario original, alors qu'il retrace une vie ordinaire ? La formule même de ces récompenses rend possible un injuste oubli autant qu'une vénération excessive ! Mais les César du meilleur film, de la photo et surtout de la meilleure interprète féminine ne sont pas usurpés, tant Yolande Moreau éclabousse de sa classe cette oeuvre magnifique.

Qui était cette Séraphine Louis, peintre ignorée, méprisée, pendant une grande partie de sa vie ? Yolande lui donne un visage, une allure, un talent si justes que l'on ne peut imaginer autrement la vérité historique. Devenue Louise de Senlis, une fois reconnue dans ses créations personnelles, une fois dépassée la prétendue naïveté de son art, cette femme obtint quelque place dans l'histoire picturale du 20e siècle. Mais il fallut du temps ; l'exposition qui lui fut consacrée à Paris ne date que de l'automne dernier ! Mais est-ce l'actualité du film qui a activé cette mise au grand jour ?

A travers la gaucherie, la modestie, la pauvreté extérieure de Louise, transparaissent sa majesté, sa fierté intérieure. Ses oeuvres s'enracinent dans son travail de ménage quotidien, dans son acharnement pictural nocturne, dans ses espoirs avortés de gloire. Dans son mysticisme ou encore dans le glissement progressif vers la folie : "créatrice illuminée" dit-on.

Loin des canons de la beauté des magazines, Mme Moreau rend à cette artiste, dans le film de Martin Provost, une beauté plus belle que toutes les images du monde. Loin des photos glacées et retouchées. Une des plus belles actrices de notre cinéma, qui ne manque ni de finesse, ni d'humour, ni de talent. Chapeau YoYo !

ci-dessus : L'arbre de vie - Séraphine de Senlis


mardi 10 février 2009

Errance vers Santiago


J'en avais lu le manuscrit l'an dernier, reçu pour "avis et suggestions" avant retouches et mise au point définitive, selon une déjà vieille habitude entre nous. J'en avais conservé un sentiment mitigé ; une poésie minimale, vivante, mais trop hors contexte, désincarnée pour susciter mon enthousiasme. (1)

Récemment j'ai pu lire, parcourir, feuilleter à loisir le livre sorti en librairie : "Voyage à Compostelle" (2) de Jean-Claude Barbier (3). Un monde entre les deux documents ! Le premier, jeune, texte brut, austère, âpre, tannique certes mais sans corps ni éclat. Le second moelleux, gouleyant, élégant, empreint de territoires, de saveurs, d'odeurs, de fleurs et de pierres... Les mêmes petits poèmes qui semblaient courts et secs, sans couleurs ni profondeurs, simple imitation des haïkus japonais (4), sont devenus à chaque page des pépites dans des écrins impressionnistes. Impressions soleil couchant, puisque l'itinéraire s'étire lentement de l'est à l'ouest, tout au long des 1500 km de marche, allant en 55 étapes d'Arles à Saint-Jacques de Compostelle. (automne 2006). Ce "livre-promenade" est un pêle-mêle d'observations, de regards sur les choses, de rencontres, au gré des accidents du voyage, des sensations intimes, des réflexions de ce "pèlerin de la poésie", comme il se dénomme.

Un an d'affinage en cave, de vieillissement en fût de chêne ? Les épices et autres condiments ajoutés ont changé la nature du mets. En vrac : l'ouverture -comme l'on dit d'un opéra- écrite pour donner le sens et la lumière, le découpage d'étapes aux tons variés et rappelés discrètement à chaque page, les photos choisies, choyées, pour dire plus qu'elles n'illustrent, les données locales et historiques qui enracinent les pensées dans une vérité de terroir, d'humanité séculaire. Et puis la mise en page, sobre et brillante, élégante, renouvelée page après page, où les poèmes irradient de tout leur sens. Comme des bonbons toujours renouvelés, ils explosent en bouche, salés, sucrés, poivrés, onctueux ou acidulés, légers et anecdotiques, réfléchis ou graves, cultivés, spirituels, personnels et intimes même. Bref un livre original et personnel, un beau livre, que chacun peut goûter à sa guise. : d'un coup, à la russe, comme pour ressentir l'effet d'un alcool fort ; à petites gorgées pour en savourer les harmonies fines. J'ai pratiqué les deux expériences. Chacune a son charme ; moi je préfère butiner, papillonner sur les mille fleurs que l'itinéraire offre à la dégustation, allant et venant, puis revenant parfois là où demeure un zeste de nectar.

Au hasard des lectures, j'ai parfois ressenti un vers au rythme heurté, regretté un mot moins bien sonnant, trébuché sur une pensée plus amère que douce, ou buté sur son plaisir à hisser le drapeau de "l'homme de peu de foi" sur un chemin sacré par l'Histoire... Mais ce n'est que brindilles perdues au cœur de tant de bouquets colorés et savoureux.

A consommer sans modération pour prolonger "ce grand festin de marche"(5). Vous reprendrez bien un petit chocolat ?
Zarafouchtra

(1) La version "blog" se trouve accessible par le lien actif, ci-dessous : "ma liste de Blogs" -colonne de gauche de GiroScope.
(2) Voyage à Compostelle d'un homme de peu de foi, Jean-Claude BARBIER, éditions Le Champ Bleu. [Il suffit de cliquer]
Pour commander, courriel à : jeanclaudebarbier@neuf.fr
(3) Jean-Claude BARBIER a déjà écrit une déjà longue collection d'ouvrages : contes et nouvelles, romans historique, récits de découvertes, guides, etc. Ancré dans les territoires qu'il aime découvrir et faire partager -notamment les Alpes de Haute-Provence- il sait particulièrement mêler réalité et imagination, technicité et poésie, histoire(s) et pays. Formé à la philosophie, il a su se déprendre d'elle, en oublier la dimension pédagogique ou pédante pour l'instiller dans des minuscules mais intéressantes réflexions que le lecteur peut s'approprier à son rythme. L'amitié qui nous lie remonte à nos années de lycée. Cela me vaut de recevoir de temps à autre un nouveau manuscrit qu'il propose à ma sagacité. Relecture, critiques, suggestions... C'est pour moi un plaisir, un honneur et pour lui -que sais-je ?- un écho, un test, une assurance ?
(4) Le choix littéraire est original : retranscrire ses impressions de pèlerin, sous forme de haïkus, mini textes de l'espace poétique japonais (forme brève, réduite à 3 versets, épanouie au 17e siècle) produits au gré des regards, rencontres, observations, incidents de voyage, réflexions de marcheur. Poème de l'ici et du maintenant.

(5) Robert Sabatier - Les noisettes sauvages.