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lundi 9 février 2009

A chacun son Everest


Depuis des années je n'étais allé à Chalmazel, cette petite station de ski des monts du Forez, choyée par le Conseil Général. Jeudi dernier, avec Denis, nous y avons passé une belle journée ; cette semaine, le ski remplaçait le V.T.T., pour le plaisir de tracer de belles courbes et descendre les 2 ou 3 schuss proposés.

Du haut des pistes, juste sous le radar, un large panorama depuis la Limagne jusqu'aux balcons du Lyonnais. En regardant ainsi côté est, des souvenirs d'enfance remontent du plus profond. De la maison familiale, nous avions un regard direct sur ces sommets du Forez. Maman qui avait un attachement particulier pour la montagne, veillait sur ces hauteurs en vigile fidèle. "Il y avait encore de la neige sur Pierre-sur-Haute à la Saint Jean" me disait-elle à mon retour d'internat, en fin d'année scolaire. Pierre-sur-Haute, c'était notre montagne à nous, comme à Sallanches ils ont le Mont-Blanc ou en Provence le Ventoux. On l'aimait bien, c'était de là que venaient les premiers signes du printemps, mais aussi les nuages et les vents précurseurs des orages.

Alors venir skier sur ces pentes, même pour un jour de détente, c'était retrouver les lieux du regard maternel. Regard clos depuis déjà longtemps, mais qui ravivait des sensations, des plaisirs, des jeux, des chants qui ont traversé enfance et adolescence. Celles de mes frère et soeurs, cousins, cousines, voisins, amis... Presque de la nostalgie ! Ce sentiment inhabituel chez moi m'a envahi quelques instants. Est-ce l'âge qui m'invite à ce retour ?

Sur la piste ensoleillée, l'appel de la pente s'est fait plus fort. Denis est parti, j'ai enchaîné derrière lui, m'attachant à bien suivre sa trajectoire.
Arrivé au bas de la piste, le flash-back était oublié.
N'avais-je pas un peu rêvé ?

Zarafouchtra

jeudi 4 décembre 2008

La recette du vétété au Lubéron

Loin des escapades formatées et "tour-operatorisées", notre randonnée d'octobre dans le Lubéron est à classer dans la catégorie grande aventure ! En voici la recette, à réserver aux pratiquants initiés.

1ère étape - Prendre cinq copains (1), cinq vététés et cinq sacs à dos -petits ou gros !- que vous mélangez et faites mijoter 1 heure 45 dans le TGV. Rouler 45 km au sortir de la gare d'Avignon et s'engager sur la piste. Là, faire rissoler le tout, en plein cagnard, sur la pente à 12%, jusqu'à ce qu'une magistrale fringale en atteigne au moins un. Laisser reposer en mutualisant les forces afin que l'éclopé réussisse à vous dire "j'abandonne, et sans discussion !". Rigoler, sans vergogne, le temps nécessaire pour qu'il change d'avis. Regonfler deux ou trois fois. Poursuivre dans la superbe forêt de cèdres, pédalant en souplesse jusqu'au ravissement collectif. Descendre alors à travers les caillasses jusqu'au gite d'étape du mas Recaute où vous savourez une bière en laissant Roger draguer la marcheuse à feu doux. Ne pas oublier de sortir Maurice de l'examen de l'itinéraire, laisser Albert se marrer jusqu'à plus soif, mettre Claude sous la couette et éteindre la lumière jusqu'au chant du coq.

2e étape. Prolonger selon le même principe, après avoir vérifié le parcours. Eviter le G.R. et s’engager sur un chemin plus ou moins balisé ; s'informer auprès d'un autochtone et suivre la piste sans issue qu'il vous recommande. Grimper, pousser le vélo puis porter le vélo ; suer sang et eau, grimper encore de rocher en rocher à 15 ou 18% même. Insister lourdement, se griffer aux taillis et répéter à voix haute plusieurs fois : "elle est pas belle la vie ?!". Laisser le premier « dégonflé » renoncer et faire demi-tour. Lui dire tout de même "à ce soir au gîte". Poursuivre héroïquement, par une voie non explorée, la face nord-ouest du Mourre-Nègre et enfin reconnaître piteusement que votre vétété refuse de vous suivre. Ne pas abandonner sa monture, la suivre sur la descente jusqu'à la route et, en sifflotant pour donner le change, visiter les villages provençaux les plus pittoresques, les châteaux les plus anciens, les fontaines les plus fraîches. A l'arrivée au gîte de Vitroles-en-Lubéron, prendre un air dégagé pour faire partager vos découvertes touristiques, bien plus savoureuses que ce que l'organisateur avait imaginé.... Avant d'éteindre les lumières, rêver à la belle marinade du lendemain !

3e et 4e étapes. D'abord laisser la pluie tomber abondamment, violemment, longuement et laisser mariner vos illusions une grande partie de la journée. Faire les yeux doux à Marina, lui piquer sa bagnole et laisser votre boucher préféré vous mitonner une belle entrecôte, accompagnée d'un Chateau -neuf celui-là-... Reprogrammer Maurice pour un nouvel itinéraire et transpirer sous votre K-Way et autres toiles imperméables, pendant 42 km. Inutile de presser le rythme ; profiter de la pluie incessante pour visiter les villages. Redire dix fois, mais à voix basse, pour que Paul n'entende pas, "Elle est pas belle la vie ?!". Arriver au gîte, tenter d'accrocher ses vêtements sous le manteau de la cheminée. Voir Claude et Albert s'effondrer sur leur lit, les doigts de pieds en éventail. Heu-reux ! Au réveil, oublier Marina au profit d'Emmanuelle. Mais pour qu'une star chasse l'autre, chevaucher votre vétété des heures durant, lire et relire les cartes, être sûr du chemin mais se tromper, avancer et faire marche arrière, monter et descendre, mais surtout grimper. Ne pas oublier de saupoudrer d'un soupçon de mauvaise foi contre l'IGN qui réalise des cartes fausses, car les chemins montent toujours plus que ce qui est indiqué... Avant le coucher au gîte Saint-Hubert, mater Roger, superbe au sortir de la douche. Enfin rire sans modération.

5e étape. Avec un soupçon de culot, ne pas hésiter à crever sa roue arrière pour apercevoir l’ombre furtive d’Emmanuelle quelques instants encore, tandis que Roger écrase une larme sur sa joue. Désormais il suffit de suivre le grand braquet de Maurice, mijoté à la sauce « aujourd’hui, ça descend jusqu’à l’arrivée ! ». Au bas de la première combe, bien suivre le G.R. en remontant jusqu’aux crêtes à travers bois et cailloux. Avancer debout sur pédales ; en cas de perte d’équilibre ne pas relâcher le vélo qui pourrait descendre dans le ravin ! Profitant du soleil, porter à ébullition : au-delà de 65 ans, confier son sac ou sa monture à Roger. Si Maurice reste plongé perplexe dans ses cartes, ne pas hésiter à pimenter le parcours : perdre le sentier balisé et délaisser le chemin de crêtes ; plonger vers le ruisseau du bas, remonter et redescendre à plusieurs reprises. Pédaler ainsi jusqu’au râle ultime du plus contestataire du groupe ! Là, soit jouer la solidarité soit repasser par la case « engueulade ». Et dès que la route croise votre chemin, sans hésiter, foncer vers la gare de l’Isle-sur-Sorgues. Faire bonne figure, égoutter votre mauvaise fatigue et ajouter une pincée de sucre, pour tenir le coup jusqu’à Lyon. Au bar-terminus de la Part-Dieu : faire revenir aux petits oignons vos rigolades et plaisirs partagés, couper en fines lamelles vos meilleurs souvenirs, faire monter les blagues en neige puis laisser mousser fortement la bière avant de la déguster jusqu’à la goutte de l’adieu.

Mettre le couvercle pendant un an dans l'attente de la prochaine rando. Peaufiner un nouvel itinéraire, poivrer légèrement moins les dénivelés, puis laisser mijoter au four avant de servir à point. C'est meilleur réchauffé !

Double-clic posible sur chaque photo, pour l'agrandir.

(1) Si le sixième qui a préparé la randonnée est atteint d'une appendicite aiguë, vous le laissez à l'hôpital et vous partez à l'aveuglette, si possible même sans carte au 1/25000e !

samedi 16 août 2008

Duels de charme

Les jeux olympiques nous ramènent aux temps anciens, au temps où les combats à l'épée réglaient les différends sur le pré, pour laver un honneur ou effacer un affront. Richelieu en interdit l'usage, "au nom du principe de précaution" dirait-on aujourd'hui : bien trop de jeunes nobles y perdaient la vie ou leur intégrité physique ! Il ne nous reste plus que les duels sportifs pour symboliquement braver l'interdit, défier l'adversaire, au seul risque de gagner ou de perdre une médaille. Le "socialement correct" a écarté de nos vies la violence, la vengeance immédiate. Seuls les Laura Flessel, Fabrice Jeannet (1) et quelques uns de leurs coéquipiers ont le droit de se donner en spectacle dans des duels ritualisés.

Est-ce si sûr ? Les créations artistiques conservent encore ce droit à l'exutoire des passions, pour nous purger par catharsis de nos pulsions et désirs violents. Le cinéma en particulier m'incite à ce rapprochement. Est-ce légitime ? Qu'importe, il est spontané.

J'ai eu soudain en mémoire deux films -l'un récent, l'autre vu il y a quelques mois- qui nous placent au coeur de conflits quotidiens ; certes sous des formes diverses selon les séquences (ignorance, affrontement physique ou verbal, mépris, oubli, fascination, etc.) mais qui conduisent à d'analogues confrontations de personnages. Duos d'actrices en fait, duels de charme évidemment.

D'abord, le film de Philippe Claudel, tiré de son roman "Il y a longtemps que je t'aime" qui met face à face deux femmes, deux sœurs Juliette et Léa, que le destin a éloignées pendant des années. Qu'ont-elles à se dire ? Rien : trop de secrets, trop de ressentiment les sépare. Leur rapprochement inopiné les conduit à se méprendre, s'affronter, avant de s'apprivoiser, se dévoiler, se comprendre et même s'aimer. En garde ! attaques, parades, rispostes, jusqu'à l'accolade finale : toute la panoplie du combat est là, parfois vif, parfois moucheté. Et les actrices sont de fines lames, sous le regard de l'entourage, mari et enfants, jouant les comparses, les admirateurs ou les spectateurs. Christin Scott Thomas et Elsa Zylberstein, les héroïnes, s'affrontent dans la rudesse des souvenirs, puis se retrouvent dans la vérité des sentiments. Délicatesse, présence discrète et émouvante, humanité, tout pour conduire à des retrouvailles inespérées après l'assaut final. Du grand art.

Et puis hier, "L'empreinte de l'ange", le film de Saffy Nebbou, vu un peu par hasard, au bénéfice d'un jour de quinze-août à la météo médiocre. Même configuration : la famille, les enfants, les soucis -divorce, déménagement- bref la vie qui permet des rencontres inattendues. Un regard d'enfant d'abord, une intuition, puis une recherche patiente et c'est bien vite une rencontre surprise entre deux mères. Par enfants interposés, le duo prend forme. Pressentiment ? inquiétude ? angoisse ? névrose ? folie même ? la confrontation s'installe ; l'une dégaine, dans sa quête de vérité, l'autre embroche, par souci de protection. Elsa fantasme, Claire imagine le pire. Le duo devient duel avec une agressivité montant de part et d'autre jusqu'au "face à face animal", selon les mots du synopsis, conduisant au paroxysme. Ici l'intime conviction devient certitude, là le secret s'expulse inévitablement en aveu libérateur. Les enfants en connaîtront inévitablement les conséquences, mais les duellistes sauront se reconnaître mutuellement. Catherine Frot et Sandrine Bonnaire, magnifiques, sont ces combattantes douces et farouches, fines et frustes, belles et inquiétantes, selon les assauts. Mères aimantes et mères cruelles à la fois, qui jouent l'engagement jusqu'à l'estocade finale.

Et nous spectateurs qui avons aussi donné l'assaut par actrices interposées, parfois dans un camp, parfois dans l'autre, avons besoin de reprendre souffle après la mêlée. La réalité peut reprendre ses droits devant la fiction, mais nous n'en sortons pas indemmes. Dans les deux manches de ce combat, les motifs et les motivations s'enracinent au plus profond du vécu des êtres, dans la chair de la chair, dans le fond de la mémoire, à la frontière du conscient et de l'inconscient. Nous, nous sommes touchés au coeur. Et pas même une médaille pour consolation..., il faudra du temps pour cicatriser la douleur de l'émotion.
Zarafouchtra

(1) Laura Flessel et Fabrice Jeannet : célèbres escrimeurs de l'équipe olympique française.

vendredi 8 août 2008

Le silence des anneaux ! Fiction ?

La veille de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, j'ai fait un rêve. Cauchemar ou prémonition ? Sottise ou vraisemblance ? A chacun de s'en faire juge.

La scène se passe dans la grande salle de réception du palais présidentiel de Pékin.
Le président Hu Jintao règle les derniers préparatifs de la cérémonie d'ouverture des J.O. Il porte sur ses épaules toute la fierté du plus grand pays du monde qui sera bientôt - et pour une quinzaine de jours- le point central de tous les regards. Cette nation souvent vilipendée, critiquée lors du passage de la flamme olympique, notamment dans quelques états libéraux de la vieille Europe, entend bien faire la démonstration de ses progrès économiques, sociaux, de sa démocratie, et notamment du respect effectif des droits fondamentaux dans son pays.
M. Hu Jintao vient déjà de rencontrer de nombreux chefs d'état, venus représenter leur pays à cette grand-messe de l'olympisme. Salutations, rencontres, diplomatie au plus haut niveau, dont se félicite le grand maître de la Chine, comme autant de récompenses pour les efforts accomplis et pour une plus grande reconnaissance de son poids dans la politique du monde. Avec une Chine ainsi célébrée, on n'est plus dans un monde d'affrontement Est-Ouest ou Nord-Sud ; on est déjà dans un monde multipolaire où ce nouveau leadership ne pourra plus être ignoré.
Pressé d'en finir avec ces formalités d'avant J.O., le Président chinois reçoit enfin -the last, but not the least ?- le président de la République française, M. Sarkozy, qui depuis des mois, non seulement avait laissé planer le doute sur sa présence, mais avait annoncé publiquement qu'il défendrait devant les autorités chinoises les droits de l'homme ; ceux des journalistes emprisonnés, des étudiants arrêtés, des manifestants interdits, des tibétains soumis et de bien d'autres encore tels les internautes empêchés de surfer à leur guise.
Après moultes courbettes et saluts réciproques [le président Sarkozy avait particulièrement étudié le protocole chinois, afin d'être le plus respectueux du raffinement de politesse apprécié en Chine, évitant notamment les bonnes tapes dans le dos dont il est coutumier], le président Hu Jintao prend la parole :

" - Soyez le bienvenu M. le Président de France ; la Chine est très honorée de votre présence, dont elle n'a d'ailleurs jamais douté...
- Je vous remercie de votre accueil si chaleureux. Mais vous recevez en ma personne le représentant des 27 états de l'Union Européenne dont je préside la destinée actuellement. J'en profite pour vous demander de bien vouloir excuser l'absence de Mme Merkel qui savait depuis 3 mois qu'elle serait souffrante aujourd'hui, ainsi que celle de M. Brown, qui devait ce matin conduire ses enfants à l'école
. Quant à ma Carlita chérie, elle n'a pu s'affranchir d'un rendez-vous dans un temple bouddhiste nouvellement inauguré en France. Pour ma part, dois-je vous dire que j'avais laissé longtemps planer le doute sur ma présence, juste pour me donner un peu de distance avec mes opposants habituels ? J'imagine que vous savez ce qu'il en est ...
- Bien sûr, bien sûr. Cependant, j'ai réellement craint pour la santé de vos entreprises, commerces et autres sociétés florissantes
françaises installées sur notre territoire ; en dépit de nos efforts, la conjoncture ne leur a pas été très ... favorable ce printemps ! c'est donc avec satisfaction que je constate que la France est toujours le pays de Descartes où la raison de l'essentiel l'emporte sur le risque de l'accessoire. N'est-ce pas ? dit-il dans un sourire non dissimulé
- Certes, entre gens raisonnables ... Néanmoins, M. le Président, je me suis engagé devant le très célèbre député européen des verts, M. Cohn Bendit, à discrètement vous transmettre ...
- Bien sûr, bien sûr. Comme je vous comprends,
reprend son interlocuteur. Les engagements sont les engagements, et il ne faut surtout pas y déroger. Voyez-vous, la Chine elle-même s'est engagée depuis l'an 2001 auprès du C.I.O. à respecter bien des choses. Notre bonne foi est totale, mais la liste en est si longue, que -une fois les J.O. terminés- nous aurons enfin le temps d'y travailler sérieusement. Les infrastructures sportives, les rénovations de quartiers entiers, les déplacements de populations, etc, etc, tout cela fut si lourd à gérer démocratiquement que nous n'avons pu faire face. Mais l'espoir est la philosophie du citoyen chinois, n'est-ce pas ?
- M. le Président, j'ai donc l'honneur de vous présenter -puis se tournant vers son secrétaire particulier : "M. Guéant, donnez-moi la liste de .... Comment vous l'avez oubliée dans l'avion ? Et pourtant, y a quelqu'un qui m'a dit que vous l'aviez encore" dit-il en chantonnant amèrement. S'il n'eût craint d'offusquer son interlocuteur, il en aurait ri jaune !
"- Ne vous inquiétez pas pour si peu, dit le président chinois. D'ailleurs, nous n'avons plus le temps de nous attarder à ces menus détails... La planète entière est déjà devant sa télévision ; elle nous attend pour la cérémonie."
Tout encore confus de ne pas avoir pu remplir sa mission, le président Sarkozy s'efforce de réprimander fermement, mais dignement ses collaborateurs. Tous des incapables ! Et avant même qu'il n'ait pu reprendre ses esprits, M. Hu Jinto s'approche à nouveau :
"- Tout cela est sans importance. J'allais moi-même oublier de vous transmettre la grande indignation de tout le peuple chinois devant l'interdiction faite à la manifestation des associations qui soutiennent les droits essentiels de vos immigrés ! Laissez ces pauvres gens "sans papiers" ? vous n'y pensez pas ! La France est-elle digne de son histoire en refusant cet exercice élémentaire du droit d'expression ? A votre place -mais je sais combien les opinions évoluent selon les cultures et les latitudes !- je lèverais aussitôt cet interdit qui ternira inévitablement votre image quand tout à l'heure les yeux du monde entier se poseront sur vous. J'ai tenu en effet à ce que vous soyez placé à mes côtés pour le plus grande gloire de la Chine nouvelle ... !
- Mais vous savez bien M. le Président ; ce n'est pas moi qui ai pris cette grave décision ; c'est Brice Hortefeux. Quand je vous dis : tous des incapables ! N'ayez crainte des ordres seront prochainement donnés pour mettre fin à cette grossière et sotte erreur."
Sur ces mots, les présidents s'éloignent l'un de l'autre, rejoignant leurs états-majors respectifs, juste avant d'aller inaugurer l'olympiade dans le célèbre "nid d'oiseaux". Et M. Sarkozy de téléphoner aussitôt à Dany le Rouge : "Ça y est, j'ai tout dit, les opposants, les journalistes, tout... Qu'est-ce qu'il a répondu ? Comme le titre de Libération de cette semaine, juste "le silence des anneaux". Puis de s'enfoncer dans un énorme éclat de rire.
C'est alors que je me suis réveillé ! Il était presque l'heure d'allumer la télé pour la retransmission. Place désormais au grand show de propagande, surveillé et formaté. "Quand la Chine s'éveillera..." : pour une fois Alain Peyrefitte avait raison.
Zarafouchtra

Le titre est tiré de la "Une" de Libération et de France-Soir du 31 juillet 2008.

vendredi 1 août 2008

A qui le Tour ? de Roland Barthes à Michel Serres ...

Le Tour de France cycliste vient de se terminer. Les héros sont fatigués, les pros après 3600 km de vélo, tout comme "les accros" après des heures passées devant les retransmissions TV. J'ai suivi quelques étapes, celles des Alpes notamment, après intérêt, mais sans passion. Sans la passion qui m'habitait lorsque Anquetil, Merxck, Hinault ou Indurain même, alignaient les performances et les victoires épiques. Leurs successeurs ne sont plus vêtus des mêmes atours qui faisaient nécessairement rêver. La suspicion est passée par là, le poison s'est immiscé dans les interstices de l'ambiguïté. Celle dont parlait déjà avec tant de finesse Roland Barthes dans ses célèbres "Mythologies" (Editions du Seuil - 1956) et en qui résidait "la signification essentielle du Tour" : "le mélange savant de deux alibis, l'alibi idéaliste et l'alibi réaliste, permet à la légende de recouvrir d'un voile à la fois honorable et excitant les déterminismes économiques de notre grande épopée."
Cinquante deux ans plus tard, les mêmes déterminismes sont là, plus prégnants que jamais : sponsors, résultats, publicité, efficacité, rentabilité, tout est bon pour valoriser l'image ; le vélo n'est qu'un vecteur parmi d'autres pour attirer l'attention, faire connaître et reconnaître les marques, augmenter les profits par l'audience légendaire. Car la légende du Tour qui transcende le temps et les générations, nourrit aujourd'hui la rentabilité des supports commerciaux, autant que l'engagement de ceux-là entretient la poursuite de l'aventure auprès des foules qui se pressent en haut des cols ou aux lignes d'arrivée.
Mais la "pression", l'obligation de résultats sportifs est de plus en plus forte afin de produire de plus grands résultats d'image, de profits. Comment ne pas imaginer dans un tel ordre de contraintes qu'il n'y ait pas au moins la tentation du dopage ? Déjà R. Barthes parlait du dopage comme une "affreuse parodie" : "doper le coureur est aussi criminel, aussi sacrilège que de vouloir imiter Dieu ; c'est voler à Dieu le privilège de l'étincelle." Parodie, tromperie, dans laquelle le coureur s'enfonce, voulant écrire par d'autres moyens que les siens propres, les pages de l'épopée. Découvert, il n'est plus ce titan capable de tutoyer les dieux, il est "ce pelé, ce galeux" honni et banni de l'épreuve, oublié de la mémoire, ignoré de la légende. Portant désormais sur lui, toute l'opprobre que la bonne conscience de la foule et des suiveurs lui déverse dessus, alors qu'elle venait de célébrer ses mérites, ses exploits prétendant que seuls son courage, sa ténacité et l'envie de victoire avaient su construire !
Plus insidieusement, d'autres épisodes ont démontré que le dopage n'était pas seulement la faiblesse ou l'inconscience individuelle du petit qui se voulait géant. Il était aussi parfois le résultat d'une organisation structurée, pensée, programmée avec l'appui d'équipes de techniciens, de scientifiques voire de médecins ! Désormais les principes de santé sportive ont été clarifiés. Des organisations chargées de lutter contre cette tendance au dopage ont vu le jour. Elles ont accru leur efficacité, mais c'est l'ambiguïté intrinsèque à ce sport, à tous les sports désormais, qui induit ces comportements déloyaux. Ceux qui utilisent les substances ou les techniques interdites se font prendre et punir sévèrement, mais il suffit d'avoir une étape, une technique d'avance, dans ce grand jeu "des gendarmes et des voleurs" pour obtenir la gloire sans le déshonneur, le fric sans le chômage. Cette année encore, l'italien Ricco passa de l'admiration sans borne à la raillerie la plus vive pour avoir tiré parti du "jump" de l'E.P.O. tout en niant l'usage de produits interdits. Enfin convaincu de fausse déclaration, il a tout avoué... Mais le vélo est un sport si difficile et exigeant que l'on peut comprendre, sinon absoudre ni justifier.
La lutte engagée pour un "Tour propre" comme pour un sport propre est indispensable ; tout doit être mis en œuvre pour que l'égalité dans la course aux médailles, aux records ou aux bouquets soit respectéee. Mais sans illusion. L'âge de l'innocence et de l'admiration sans borne est passée ; le sport est aujourd'hui trop sous la contrainte pour laisser croire en sa pureté originelle.
Pureté ? voilà bien un concept-limite qui n'a guère de sens. Ou bien il faut lui accorder celui que Michel Serres propose dans son dernier ouvrage "Le Mal propre" (Editions Le Pommier - 2008).

En substance dit-il, le propre, c'est le sale. L'homme salit, pollue pour s'approprier. Comme les animaux qui marquent leur territoire de leurs déjections, l'homme -notamment dans le monde de la surconsommation- s'approprie les territoires en les bornant de toutes sortes, y compris par les décharges qu'il installe à la périphérie de son espace vital ! Et de toutes ces stratégies d'appropriation, M. Serres nous suggère de nous délivrer, car elles conduisent toutes au conflit, à la guerre, à la pollution, à l'inégalité.
Alors quid d'un Tour propre ? Un Tour tel que nous le connaissons, celui que les sponsors, les marques, les financiers se sont appropriés et qui l'ont soumis à leurs désirs et profits ? Un Tour que les foules voudraient s'approprier pour pouvoir rêver encore plus, plus fort, plus longtemps, quitte à supprimer les contrôles anti-dopage pour continuer à s'illusionner comme auparavant ? Un Tour dégagé du soupçon de toute performance extraordinaire, pour croire au progrès infini de l'humanité ?
Aujourd'hui je sais que le jouet de mes années d'enfance, d'adolescence et même parfois d'adulte, n'était qu' illusion, baliverne, coquecigrue ! Désabusé et suspicieux je suis et demeurerai, tout en restant admiratif du talent, du style, du geste approprié, des efforts accomplis. Même dopé Armstrong reste un superbe coureur et Pantani un rare grimpeur !
A travers mes souvenirs, ce que je conserve sans réserve, ce sont les récits que les Pierre Chany, Antoine Blondin et quelques autres ont écrits. Revisité par la littérature, le sport cycliste notamment change de nature ; il se fait légende, il dépasse l'histoire, il transforme les acteurs en demi-dieux et les lecteurs en complices éclairés. Là, il est préservé de tout produit vénéneux, il sent l'air pur des sommets métaphoriques ; il enivre l'esprit, sans l'ivresse du corps. Il se donne pour que chacun s'approprie cette mythologie. Et si vous êtes cyclosportif, cyclotouriste ou seulement pratiquant du dimanche, vous êtes en mesure de ressentir ses bienfaits jusqu'au bout de vos pédales.

Ces jours derniers, entre deux belles sorties cyclo, je suis passé des retransmissions du Tour aux pages célèbres des passionnés de vélo. Pas de doute : les exploits par les mots sont encore plus beaux que sur les vidéos ! La preuve indiscutable ? Lisez ou relisez "La légende des cycles", "Le Grand braquet" de Jean-Noël Blanc ou "Besoin de vélo" de Pierre Fournel.

Dans quelques jours les Jeux Olympiques de Pékin commencent. J'admirerai les gestes, les techniques, les combats des hommes et des femmes. Leurs succès ou leurs échecs seront les leurs, ils leurs seront propres. Ne les salissons pas avec nos désirs d'appropriation, de patriotisme ou de chauvinisme. Ce serait inévitablement refaire le geste fondateur de celui qui pollue l'espace pour s'en faire propriétaire ! "La propriété, c'est le vol" disait Proudhon, sans doute n'avait-il pas entièrement tort !
Zarafouchtra
(ci-dessus, dédicace personnalisée de Jean-Noël Blanc, pour son livre "La légende des cycles" - juin 2003)

jeudi 3 juillet 2008

Au fil des jours ... 24 juin : Vélo vert en Bourgogne ...

Heurs et bonheurs de la Saint-Jean ? La douceur de la température est parfaite ce matin-là, le soleil est présent mais très faiblement voilé, les vélos roulent à la file indienne ; une dizaine de cyclos, tous retraités mais tous affutés pour les 140 km annoncés par le chef de route ! L'allure est soutenue, l 'effort modeste néanmoins car le profil d'étape est presque plat. Passée La Clayette, voici Charoles puis Palinges où une brioche partagée ressource l'équipée. On longe ensuite le canal du Centre ; l'eau est paisible, c'est à peine si l'on entend les bateaux tracer leur voie ; la petite route est aussi tranquille, les senteurs de foin montent des prés, les coquelicots et les bleuets rappellent l'enfance. L'esprit vagabonde et chacun apprécie le privilège du jour.
Arrive la voie verte qui emprunte l'ancien chemin de halage : on passe Paray le Monial, on croise quelques promeneurs, randonneurs, rollers mêmes. Tout baigne, Digoin approche et patatras, me voici "cul par dessus tête" comme l'écrivait si bien ce cher Montaigne ! Nul n'a rien vu, tous ont su pourtant m'éviter avec habileté.
Changement d'antienne ! c'est désormais heurts et malheurs qu'il faut écrire ; heurts et pleurs, tellement le choc m'a coupé le souffle, brisé une ou deux côtes et luxé le pouce. ..
Et que penser des voies vertes prétendues sécurisées, moi qui viens d'être victime d'un piquet de la barrière de protection ? Avec le même petit écart, côté gauche, c'était le plongeon dans le canal. En dépit de la température d'été, j'ai mieux fait de ne pas tenter l'expérience.
Tiens, ça me rappelle la précédente chute de VTT du côté du col du Pavillon, il y a presque deux ans. "Casse-cou" disait ma mère qui s'est toujours désolée de mon côté déraisonnable. Quoi ? Deux chutes, deux ans : si l'on veut bien établir le rapport aux 8000 km parcourus, c'est un pourcentage raisonnable, non ?
Rafraîchi contre mon gré par "Robert le diable" et conseillé par "Paulo la science es pharmacopée", j'ai repris la route vers l'auberge de Vindecy. Soudain plus de fleurs ni de senteurs, que des douleurs ! Seul l'apéritif offert en l'honneur de la Saint-Jean par notre ami le bien nommé, sut redonner des couleurs au groupe.
Thérèse appelée au secours me permit de terminer le parcours en voiture. Et le soir, j'étais présent, en "gentleman-cabrioleur", au diner prévu pour clore la journée. Ce fut un nouveau moment de sympathie partagée ; envie d'amitié et de compagnonnage certes, mais surtout "besoin de vélo" selon la belle formule de l'écrivain Paul Fournel. Les bobos seront bien vite oubliés ; je maintiens donc ma première impulsion : heurs et bonheurs de la Saint-Jean !
Zarafouchtra

Paul Fournel : "Besoin de vélo" (Le Seuil - 2001)